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Convergence des doutes

Convergence des doutes2Vendredi matin, 11 heures, bureau de poste d’un petit bourg. Deux guichetières font leur travail, derrière un comptoir ouvert qui laisse place à l’échange direct. L’une d’elle est visiblement nouvelle à la Poste car sa collègue la guide pas à pas dans les procédures informatiques et les réponses qu’elle adresse aux clients.

A côté de moi un homme s’avance vers l’employée novice et demande à retirer de son compte épargne 1700€. Dans ces terres reculées, c’est déjà une somme. Il est avec sa compagne. Lui a les cheveux longs tirés en arrière, elle a la peau noire. Ils ne sont pas d’ici, c’est clair. L’employée expérimentée s’arrête de me servir et se tourne vers sa collègue, lui disant à mi voix de vérifier s’ils sont domiciliés dans cette agence, car elle ne les connais pas. Cette dernière s’exécute et tape le n° de la carte de retrait qui lui a été présentée. Elle confirme qu’ils ne sont pas enregistrés dans ce bureau. L’employée en chef, qui a pris les choses en main, dit alors à l’homme que dans ce cas il ne peut retirer que 800 €. S’engage un échange vif entre eux. L’homme répète qu’il a besoin de 1700€, et qu’il ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas retirer cet argent, parfaitement présent sur son compte. L’employée lui dit que bien sûr il est libre de disposer de la totalité de son argent, mais dans son agence uniquement, qu’il n’a qu’à faire sa demande là-bas. La réponse semble totalement incongrue à l’homme qui vient visiblement de loin. Il commence à se justifier et dit qu’ils viennent de déménager, qu’ils ont même fait leur changement d’adresse à La Poste, et qu’il a vraiment besoin de cet argent… La postière lui indique alors que si cette somme est destinée à un achat unique, la banque propose d’autres systèmes de paiement. L’homme dont la colère est montée d’un cran lui répond que ce n’est pas à la banque de décider de la manière dont il paye ce qu’il achète, ni de contrôler ses transactions, qu’il n’est pas encore interdit de payer en argent liquide, et qu’il refuse catégoriquement d’être l’otage d’un système liberticide, édifié pour servir l’intérêt de la banque mais surtout pas celui de l’usager. Ses arguments font mouche. Dans la petite salle de l’agence les personnes qui patientent en silence lui donnent implicitement raison, tout comme l’employée béotienne qui découvre l’envers du décor de l’organisation dans laquelle elle travaille. La chef s’est retranchée derrière son impuissance et ne répond rien. La novice lui vient en aide en expliquant à l’homme d’un ton que l’on sent sincèrement désolé qu’elle et sa collègue ne peuvent rien faire, la machine ne délivrera pas plus que la somme maximale autorisée. Elle lui suggère une combine pour contourner l’interdiction, le transfert d’argent de son compte épargne vers son compte courant. Qu’il peut faire de chez lui.  Qu’il y a néanmoins là aussi un retrait maximum autorisé de 1200€ dans son cas et qu’il doit donc veiller à laisser au moins 500€ sur son compte épargne. Que le délai de transfert est de 48h. Qu’il pourra revenir retirer le tout à l’agence  lundi, vu que la Poste est fermée le dimanche, c’est à dire dans trois jours…

L’homme est intelligent et a parfaitement compris qu’il ne pourra pas obtenir son argent tant que la banque ne l’y aura pas autorisé. Que l’argent qu’un quidam sur un compte bancaire devient l’argent du banquier. Que les besoins d’un individu lambda ne comptent pour rien dans un système financier spéculatif. Que le moindre mouvement d’argent d’un petit épargnant est scruté à la louche, tandis que des millions d’euros peuvent s’évaporer sans trace…

– Alors, on n’a vraiment plus d’autre choix que la révolution? lâche-t-il avant de partir.

Dans le petit bureau de poste, personne ne l’aura contredit.

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Vent froid, trop froid

HTV/lalignedecoeur.frJ’ai déjà vu ce printemps là. Venteux, froid, désagréable. Même le feu rallumé dans le poêle ne fait pas oublier le manque de soleil. Manque indéniable de vitamine D. Besoin d’une dose, vite, pour me refaire une carapace. Une belle carapace de chair brune, imperméable à ceux qui n’ont ni parole ni regard, ni rien à trimballer dans leur boite crânienne, non pas même du vide, je le sais je l’ai vu.

Un printemps, ça avait déjà été comme ça. Temps pourri. Cerises moisissant sur l’arbre. Tomates recroquevillées sur elles-mêmes. Puis il y a eu un été, je m’en rappelle. Mais il n’est pas revenu l’année suivante. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir attendu. Qu’en sera-t-il cette fois ci? Si au moins le vent pouvait faire le ménage, c’est trop demander? J’ai quelques noms à donner, si besoin. Juste pour rendre service. Je me sens une âme de balayeuse ce soir. Bon voyage messieurs dames, c’est par ici la sortie, si vous voulez bien vous donner la peine de dégager du pas de ma porte. Merci. – Mais je vous en prie, tout le plaisir est pour moi.

Météo de ce 21 mai dans le sud de la France.

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Parole du jour

Lion

Si tu vois une chèvre dans le repère d’un lion, aie peur d’elle

Proverbe africain

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Fin d’été sous la pluie

merUn été tout en chaleur et rayons dorés, inespéré après des mois de grisaille glacée. Une trêve dans les affaires du monde. Comme pour nous signifier que notre fatigue était sans objet, que nous n’avons jamais eu froid, qu’aucune envie de nous nicher au creux d’un arbre pour n’en ressortir que sous forme d’humus n’a pu hanter notre esprit un temps donné.

La douceur est bien venue. Notre peau s’en est nourrie. La pluie d’aujourd’hui ferme une parenthèse. Au delà s’écrit le futur. Nous ne voulons pas partir en guerre, clament en chœur (ou presque) les nations. Le maître du monde est bien seul et trop tôt usé. Pour les hommes de bonne volonté pas de possibilité de victoire semble nous dire la rumeur.  Va-t-on la croire? Et retourner dans l’arbre?

……………..

« C’est ainsi que par un jour d’été les vagues se rassemblent, basculent, et retombent ; se rassemblent et retombent ; et le monde entier semble dire : « Et voilà tout », avec une force sans cesse accrue, jusqu’au moment où le cœur lui-même, lové dans le corps allongé au soleil sur la plage, finit par dire lui aussi : « Et voilà tout. » Ne crains plus, dit le cœur. Ne crains plus, dit le cœur, confiant son fardeau à quelque océan, qui soupire, prenant à son compte tous les chagrins du monde, et qui reprend son élan, rassemble, laisse retomber. Et seul le corps écoute l’abeille qui passe ; la vague qui se brise ; le chien qui aboie, au loin, qui aboie, aboie. »

Virginia Woolf. « Mrs Dalloway »

Franz Schubert – Piano Trio In E Flat, Op. 100

Franz Schubert, Trio pour piano, violon & violoncelle en mi bémol majeur, Op.100

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Naissance d’un blog sous la neige

Le jour rajouté tous les 4 ans à l’année pour corriger la course du soleil réfractaire à nos calendriers ordonnés était initialement le 24 février. Qui était en fait un 23 février répété deux fois. Peu importe, un jour de plus pour rester en phase avec le soleil c’est aussi un jour de plus pour regarder la neige tomber.

Météo de ce dimanche 24 dans le sud de la France

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