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Milieu d’été sous la pluie

P1070211Aujourd’hui encore, une référence au temps qu’il fait. Et la pluie du jour qui lave ou délave nos âmes semble le prétexte tout indiqué aux bilans. En septembre 2013, j’avais écrit un article de ce genre, intitulé « Fin d’été sous la pluie »1. En septembre 2013 le monde tremblait devant les appels à la guerre venus de tous pays. Obama était encore président des États Unis, on espérait qu’il le demeurerait, non que sa politique nous fût limpide, mais parce qu’il incarnait une intelligence et un métissage dont nous avions besoin pour croire en l’avenir du monde. Trump est arrivé, la bêtise incarnée, et les foules exaltées qui le portent aux nues ne nous aident pas aujourd’hui à savoir où l’on va.

Ce milieu d’été 2019 sous la pluie ponctue un cycle de canicule éprouvant. Sous la pluie les tournesols se redressent. Dans la ville, je pense en marchant dans mes tongs mouillées qui glissent de mes pieds que les enfants sont des trésors si précieux qu’on ne sait pas vraiment quelle place leur faire dans le monde à venir. Que vivront-ils? Comment? On pourra toujours leur dire qu’il y a des routes plus pures que d’autres, et les encourager à suivre celles-ci. Et que ces routes sont celles qui relèguent la bêtise aux confins les plus lointains des paysages, afin qu’elle n’occulte pas les horizons d’espoir que les hommes savent pourtant parfaitement construire.

« Le jour où je cesserai de vivre rien de moi ne restera. Je mourrai bien et tout à fait ; mon seul devoir est donc de vivre bien et tout à fait et de donner ainsi le bonheur à ceux qui m’entourent. Une existence à l’image du métier que j’ai choisi. »  Lettre de Maria Casarès à Albert Camus le 25 février 1951 2.

1 http://www.lalignedecoeur.fr/fin-dete-sous-la-pluie/

2 . Albert Camus, Maria Casarès. Correspondance (1944-1959), Collection Blanche, Gallimard, 2017, 1300 p.

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De la pluie?

Vendredi 19 juillet, 5h20 du matin, un bruit insolite sur les graviers, une odeur fraiche, un rideau scintillant dans la nuit finissante, de la pluie!

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Que nous, enfants gâtés des pays tempérés, puissions attendre la pluie avec tant d’impatience, et en parler comme d’un cadeau que le ciel nous ferait, à l’instar des Africains qui associent le beau temps à la pluie, est assez insolite. Mais la chaleur de cet été effraie. On comprend que lorsqu’une main invisible décide d’ouvrir la porte d’un four, nous ne sommes pas armés pour lutter. On ne peut que prier pour que ça ne dure pas. La solution est d’apprendre à vivre sous terre, mais le peut-on vraiment, au risque d’oublier que seule la surface de la terre nourrit les hommes?

Le 28 juin 2019, la France enregistre son record absolu de température1, soit 46°C à Vérargues dans l’Hérault2. Ce même jour, au sommet du pluieMont-Blanc à près de 5.000 mètres d’altitude, la température passe en une journée de -2 °C à +7 °C3. L’hiver 2018-2019 aura été particulièrement chaud : les températures du mois de février ont été supérieures de 5 à 10 °C à la normale saisonnière, le 27 février 2019 ayant été la journée d’hiver la plus « estivale » que la France ait connue depuis 1950. La France n’est pas la seule concernée, la période d’avril 2018 à mars 2019 est la période de douze mois la plus chaude jamais enregistrée en Europe et à l’échelle mondiale4. Quant à la pluie, on la cherche. Dans les régions méditerranéennes, il est tombé moins de 20 jours de pluie dans l’hiver 2018-2019, soit un déficit d’eau souvent supérieur à 50 %5.

La chaleur devient donc intenable dans nos pays tempérés au climat pourtant si paisible. On imagine aisément que ça ne va pas très bien non plus au Sahara, en Asie du sud est ou au Brésil, zones du globe particulièrement impactées par le changement climatique6. Pourtant, nous, les enfants gâtés des pays occidentaux, premiers (ir)responsables de la situation actuelle, continuons à regarder les habitants des zones transformées en fournaise ou en espace de jeu pour ouragans et tornades se dessécher sur place ou se noyer. Hum… On pourrait imaginer autre chose. Puisque la fin du monde est annoncée, pourquoi ne pas la devancer et la vivre tous ensemble ? Fixons nous un rendez-vous. Je propose l’Antarctique, été 2020 (de l’hémisphère sud). 2020 c’est une date qui sonne bien, et ça laisse le temps d’arriver. Pourquoi l’Antarctique ? Pour sa fraicheur tout d’abord, on en a tellement besoin. Mais aussi parce que c’est un continent qui n’appartient à personne. Pas de visa demandé, ni de tri à la frontière, tout le monde est à égalité sur cette étendue blanche. D’une superficie de plus de 14 000 000 km2 (soit quasiment la Russie), il est facile d’y accueillir toute la population du globe. Non on ne manque pas encore de place sur terre. Petit calcul. En 2020 nous devrions être à peu près 7,8 milliards d’êtres humains. C’est beaucoup certes, mais répartis sur ces 14 000 000 km2 cela donne une densité de population de 557 pers/km2, soit la densité d’une petite ville comme Cavaillon ou Saintes, ce qui est faible pour nous humains habitués à nous entasser les uns sur les autres. Rien à voir avec Paris (21 067 habitants par km2), Manille (43.079 habitants / km²), Shanghai (24 616 habitants au km2) ou même n’importe quelle autre ville.

Une fois arrivés, que faisons nous ? Un grand feu (chacun aura apporté quelque chose pour alimenter ce feu). Dans Amundsen-Scott-South-Pole-Station-Aurorasa douce chaleur chacun sera libre d’occuper les 24 heures de jour de l’été polaire comme il le souhaite. Précisons bien que l’Antarctique est un continent « consacré à la paix et à la science »7, toute autre activité y étant proscrite. Au moment où s’éteindra la dernière braise, il sera temps de lever la tête vers le ciel et de profiter du spectacle époustouflant des aurores australes. Car l’Antarctique n’a jamais accepté sur son sol de population humaine. Si l’on peut lui demander de supporter l’humanité le temps d’un feu de joie, il aura tôt fait de nous montrer qu’on ne lutte pas plus contre le froid extrême que contre la chaleur. Nous le rassurerons en lui disant que nous ne sommes pas venus pour lutter.

Je sens qu’on va me dire que je suis pessimiste. Bon, on peut toujours changer la date…

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1 depuis le milieu du XIXème siècle, qui correspond à la naissance de la météorologie moderne et des premières stations météo en France

2 http://www.meteofrance.fr/actualites/74345599-c-est-officiel-on-a-atteint-les-46-c-en-france-en-juin

3 https://reporterre.net/Les-canicules-ne-sont-plus-des-phenomenes-naturels

4 https://reporterre.net/La-periode-d-avril-2018-a-mars-2019-est-la-plus-chaude-jamais-enregistree-en

5 http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/bilans-climatiques/bilan-2019/bilan-climatique-de-l-hiver-2018-2019

6 https://theconversationfrance.createsend1.com/t/r-l-jikhtdkk-djhrzhtyd-k/

7 Le Protocole de Madrid, entré en vigueur le 14 janvier 1998, précise que l’Antarctique est une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science »

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Genre

Genre tous les jours y’a la vaisselleP1090420

Genre recours au chocolat noir

Genre qu’est ce que tu vaux, toi, qu’est ce que tu vaux?

Genre je me dis que pas grand chose mais je ne le dis pas

Genre y’a d’la colère dans l’air aujourd’hui, ça pulse

Genre ça ne s’arrêtera pas avec l’âge

Genre contrôle technique. Ma voiture pollue? Non, mais le voyant anti pollution est allumé. Mais ma voiture pollue? Non, mais la machine dit qu’il y a un problème avec le système anti pollution. Mais en vrai de vrai, de la réalité vraie qu’on peut toucher et mesurer, elle pollue? Non. Alors vous me donnez le contrôle technique? Non. Et si ma voiture n’avait pas eu de voyant de détection de défaillance potentielle du système anti pollution (comme ma très vielle voiture précédente juste exemple), vous me l’auriez donné? Oui.

Genre ça ne serait pas un peu le nerf de la colère tout ça?

Météo de ce samedi 19 janvier dans le sud de la France

Antidote :

Agnès Obel. On Powdered ground. Album Philarmonics, 2010

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Convergence des doutes

Convergence des doutes2Vendredi matin, 11 heures, bureau de poste d’un petit bourg. Deux guichetières font leur travail, derrière un comptoir ouvert qui laisse place à l’échange direct. L’une d’elle est visiblement nouvelle à la Poste car sa collègue la guide pas à pas dans les procédures informatiques et les réponses qu’elle adresse aux clients.

A côté de moi un homme s’avance vers l’employée novice et demande à retirer de son compte épargne 1700€. Dans ces terres reculées, c’est déjà une somme. Il est avec sa compagne. Lui a les cheveux longs tirés en arrière, elle a la peau noire. Ils ne sont pas d’ici, c’est clair. L’employée expérimentée s’arrête de me servir et se tourne vers sa collègue, lui disant à mi voix de vérifier s’ils sont domiciliés dans cette agence, car elle ne les connais pas. Cette dernière s’exécute et tape le n° de la carte de retrait qui lui a été présentée. Elle confirme qu’ils ne sont pas enregistrés dans ce bureau. L’employée en chef, qui a pris les choses en main, dit alors à l’homme que dans ce cas il ne peut retirer que 800 €. S’engage un échange vif entre eux. L’homme répète qu’il a besoin de 1700€, et qu’il ne voit pas de quel droit on lui interdit de retirer cet argent, bien présent sur son compte. L’employée lui dit qu’il est bien sûr libre de disposer de la totalité de son argent, mais dans son agence uniquement, et qu’il n’a qu’à faire sa demande là-bas. La réponse semble totalement incongrue à l’homme qui vient visiblement de loin. Il dit qu’ils viennent de déménager, qu’ils ont même fait leur changement d’adresse à La Poste, et qu’il a vraiment besoin de cet argent… La postière lui indique alors que si cette somme est destinée à un achat ciblé, il existe d’autres systèmes de paiement, de banque à banque par exemple. L’homme dont la colère est montée d’un cran lui répond que ce n’est pas à la banque de décider de la manière dont il paye ce qu’il achète, ni de contrôler ses transactions, qu’il n’est pas encore interdit de payer en argent liquide, qu’il refuse d’être l’otage d’un système liberticide, édifié pour servir l’intérêt de la banque au dépens de celui de l’usager, etc. Ses arguments font mouche. Dans la petite salle de l’agence les personnes qui patientent en silence lui donnent implicitement raison, tout comme l’employée béotienne qui découvre l’envers du décor de l’organisation dans laquelle elle travaille. La chef s’est retranchée derrière son impuissance et ne répond rien. La novice lui vient en aide en expliquant à l’homme d’un ton que l’on sent sincèrement désolé qu’elle et sa collègue ne peuvent rien faire, la machine ne délivrera pas plus que la somme maximale autorisée. Elle lui suggère une combine pour contourner l’interdiction, le transfert d’argent de son compte épargne vers son compte courant. Qu’il peut faire de chez lui.  Qu’il y a néanmoins là aussi un retrait maximum autorisé de 1200€ dans son cas et qu’il doit donc veiller à laisser au moins 500€ sur son compte épargne. Que le délai de transfert est de 48h. Qu’il pourra revenir retirer le tout à l’agence  lundi, vu que la Poste est fermée le dimanche, c’est à dire dans trois jours…

L’homme est intelligent et a parfaitement compris qu’il n’obtiendra pas son argent aujourd’hui. Que l’argent d’un quidam sur un compte bancaire devient l’argent du banquier. Que les besoins d’un individu ne comptent pour rien dans un système financier spéculatif. Que le moindre mouvement d’argent d’un petit épargnant est scruté à la louche, tandis que des millions d’euros peuvent s’évaporer sans trace…

– Alors, on n’a vraiment plus d’autre choix que la révolution? lâche-t-il avant de partir.

Dans le petit bureau de poste, personne ne l’aura contredit.

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Vent froid, trop froid

HTV/lalignedecoeur.frJ’ai déjà vu ce printemps là. Venteux, froid, désagréable. Même le feu rallumé dans le poêle ne fait pas oublier le manque de soleil. Manque indéniable de vitamine D. Besoin d’une dose, vite, pour me refaire une carapace. Une belle carapace de chair brune, imperméable à ceux qui n’ont ni parole ni regard, ni rien à trimballer dans leur boite crânienne, non pas même du vide, je le sais je l’ai vu.

Un printemps, ça avait déjà été comme ça. Temps pourri. Cerises moisissant sur l’arbre. Tomates recroquevillées sur elles-mêmes. Puis il y a eu un été, je m’en rappelle. Mais il n’est pas revenu l’année suivante. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir attendu. Qu’en sera-t-il cette fois ci? Si au moins le vent pouvait faire le ménage, c’est trop demander? J’ai quelques noms à donner, si besoin. Juste pour rendre service. Je me sens une âme de balayeuse ce soir. Bon voyage messieurs dames, c’est par ici la sortie, si vous voulez bien vous donner la peine de dégager du pas de ma porte. Merci. – Mais je vous en prie, tout le plaisir est pour moi.

Météo de ce 21 mai dans le sud de la France.

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Parole du jour

Lion

Si tu vois une chèvre dans le repère d’un lion, aie peur d’elle

Proverbe africain

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Fin d’été sous la pluie

merUn été tout en chaleur et rayons dorés, inespéré après des mois de grisaille glacée. Une trêve dans les affaires du monde. Comme pour nous signifier que notre fatigue était sans objet, que nous n’avons jamais eu froid, qu’aucune envie de nous nicher au creux d’un arbre pour n’en ressortir que sous forme d’humus n’a pu hanter notre esprit un temps donné.

La douceur est bien venue. Notre peau s’en est nourrie. La pluie d’aujourd’hui ferme une parenthèse. Au delà s’écrit le futur. Nous ne voulons pas partir en guerre, clament en chœur (ou presque) les nations. Le maître du monde est bien seul et trop tôt usé. Pour les hommes de bonne volonté pas de possibilité de victoire semble nous dire la rumeur.  Va-t-on la croire? Et retourner dans l’arbre?

……………..

« C’est ainsi que par un jour d’été les vagues se rassemblent, basculent, et retombent ; se rassemblent et retombent ; et le monde entier semble dire : « Et voilà tout », avec une force sans cesse accrue, jusqu’au moment où le cœur lui-même, lové dans le corps allongé au soleil sur la plage, finit par dire lui aussi : « Et voilà tout. » Ne crains plus, dit le cœur. Ne crains plus, dit le cœur, confiant son fardeau à quelque océan, qui soupire, prenant à son compte tous les chagrins du monde, et qui reprend son élan, rassemble, laisse retomber. Et seul le corps écoute l’abeille qui passe ; la vague qui se brise ; le chien qui aboie, au loin, qui aboie, aboie. »

Virginia Woolf. « Mrs Dalloway »

Franz Schubert – Piano Trio In E Flat, Op. 100

Franz Schubert, Trio pour piano, violon & violoncelle en mi bémol majeur, Op.100

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Naissance d’un blog sous la neige

Le jour rajouté tous les 4 ans à l’année pour corriger la course du soleil réfractaire à nos calendriers ordonnés était initialement le 24 février. Qui était en fait un 23 février répété deux fois. Peu importe, un jour de plus pour rester en phase avec le soleil c’est aussi un jour de plus pour regarder la neige tomber.

Météo de ce dimanche 24 dans le sud de la France

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