Conte de Noël

DSC_0291Et l’artiste me demande ce que j’ai vu ce matin, non pas avec mes yeux précise-t-il, mais avec mon cœur. Alors moi évidemment je réponds : « Des oiseaux, j’ai vu des oiseaux ! ».

– « Oui mais les oiseaux ça ne suffit pas » répond-il soudain fâché, « les oiseaux on connait, pour la créativité vous repasserez… »
Et moi tout confus de m’excuser : « Ah, je croyais que c’était bien les oiseaux, ça fait pourtant rêver les oiseaux, on peut les mettre dans une cage et les contempler toute la journée, la nuit aussi lorsqu’ils dorment, on peut même ouvrir la cage et libérer l’oiseau, tout cela est très gai… »
– « Mais ce n’est pas la gaité qu’on voit avec son cœur, ce n’est pas du tout ça, il y a bien autre chose, vous ne comprenez donc rien ! »
J’avouais que non, très dépité.
– « Alors je vous redemande, reprit l’artiste menaçant, qu’avez-vous vu ce matin, alors que vos yeux étaient encore fermés, et que vous sentiez en vous battre votre cœur? »
Bien que perplexe, je pris cette fois-ci le temps de réfléchir.
– « Eh bien, je crois que voir n’est pas le terme  approprié ».
– «  Que voulez vous dire ? »
– « Disons que je n’ai pas vu mais aperçu, de la lumière… »
– «  De la lumière ! Mais on s’en fiche de la lumière, on a déjà tout dit sur la lumière ! Et puis voir ou apercevoir… vous faites diversion, c’est ça ? Trouvez autre chose ». Cette fois l’artiste était furieux.
De plus en plus perdu je lançais au hasard et sans grande conviction : « L’Enfant bleu, j’ai vu l’Enfant bleu ».
L’artiste se figea, et me regarda intensément, incrédule.
– «  L’Enfant bleu ? Vous avez-vu l’Enfant bleu ? »
– «  Oui, c’est ça, enfin pas vraiment vu, aperçu… »
– « Attendez, vous l’avez vu oui ou non ? »
– « Oui… »
– «  Alors décrivez le moi. »
– «  Eh bien, il n’est pas très grand, non, plutôt petit même. Il ne voit pas, il est sans yeux. Il en a eu avant, ça se remarque à sa manière de battre les paupières. Elles battent comme des moulins, régulièrement, sagement. Il doit avoir des dents mais je ne l’ai pas vu sourire. Il était habillé d’une veste noire en lin et d’un pantalon beige, les pieds nus. Et rien sur la tête. Je n’aurais su dire si c’était une fille ou un garçon. »
– «  Parce que ça dépend, répondit l’artiste pour lui-même.  Il vous a parlé ? »
– « Oui, enfin… Il m’a dit que vous me poseriez quelques questions à son sujet et que… »DSC_0292
– « Que quoi ? »
– « Que je ne comprendrais pas vos questions… »
– «  Je m’en suis rendu compte en effet. Ou était-il ? »
– « Avec moi, juste à côté de moi. »
– « Ainsi vous vouliez me faire croire que vous n’aviez rien vu… », reprit l’artiste subitement songeur.

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Un peu de nuage

« Si vous venez, portez un peu de Nuage et les couleurs que vous voulez tisser, ou envoyez un peu de Nuage et dites-moi combien je vous garde pour les bandes »

Gilbert Farret, tisserand façonnier à Payrin (81). Courrier envoyé à son client, vers 1970

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le Nuage est le nom d’une qualité de fil, et les « bandes » sont les parties d’un tableau d’échantillonnage que le façonnier est en train de tisser.

La petite robe

Robe Jeanne Lanvin Castillo 1956On ne s’habille pas pour éblouir les autres femmes ou pour les embêter. Une robe n’a de sens que si un homme a envie de vous l’enlever, je dis bien l’enlever, pas l’arracher (…).

Françoise Sagan, La Petite robe noire et autres textes. Le livre de poche (réédit. 2008)

Robe Jeanne Lanvin Castillo, en satin aléoutienne. Couverture de l’Officiel de la Couture et de la Mode de Paris, n° 409-410, avril 1956
L’aléoutienne est un tissu en soie créé par la maison Staron à St Etienne, à l’origine pour Christian Dior.

2022, ce que je vous souhaite

Joie mDSCN0805ouillée de la petite madeleine trempée dans le café, bonheur éclatant du palmier vert fluo sur son fond bleu turquoise, prairies naturelles et papillons jaunes, le tilleul à grandes feuilles de la place du village n’a pas dit son dernier mot. Car ici, sur cette terre, les enfants chantent et dansent, les enfants sont libres.

Rêve de monde, rêver le monde : ce que je vous souhaite.

Toma que toma (chanté par Conchi Cortés). Hughes de Courson et Tom Gubitsch. Album : Songs of innocence, 1999

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Malgré tout mon amour

DSC_0082Elle est toute petite, posée sur la patte du chat, la main de l’enfant.
Elle aime le chat comme je l’aime en retour, elle, petite, sa main mêlée à la patte du chat. Nous aimons et nos amours s’entrelacent, croisent d’autres pattes veloutées, d’autres chats, d’autres neiges, d’autres blancheurs arrondies.

Au revoir, au revoir Micha. Tout cet espace entre nous, cette place laissée, ce creux. Si paisible était l’étreinte, si cruelle est son absence.

L’enfant dort dans les griffes du chat. Ses boucles dessinent des moutons. Son souffle est le vent. Je suis peut être le large, la mer dont elle s’extrait. Je n’ai jamais vu la terre. Elle est mon ancre, ma cicatrice, et je lui donne mon unique patte, celle avec laquelle je marche, celle qui me fait aimer le sol. Je lui donne aussi mon lit, celui qui part au loin, et un coin d’oreiller car les deux vont ensemble.

Tu destineras ta colère à un homme, à une femme, à un caillou, mais tu tireras juste. Le chat t’aura laissé l’absence et moi tout mon amour. Est-ce si peu que je ne puisse m’en trouver fière?

La patte du chat te manquera toujours, à toi, petite, malgré tout mon amour.

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8 mars, être femme (IV)

«  – Est-ce que vous diriez que votre écriture est une écriture de femme, ou une écriture féminine ?
– Non, non, et j’ai eu beaucoup à faire avec ça bien sûr. Enfin, c’est-à-dire, je pense qu’il y a une part bien sûr qu’on peut… qui provient… qui est surdéterminée par le fait que je me sens profondément engagée en tant qu’être humain, mais comme je me sens composée de femme, d’homme, de…euh…, de bébé, de chat, de…euh…, d’arbre…
– On trouve tout ça en vous ?
– Oh oui, oui ! C’est tout ça qui écrit…
– Vous être nombreux.
– Oh oui, on est nombreuses, oui ! »

Hélène Cixous, interrogée par Adèle Van Reeth. Les chemins de la philosophie, France Culture, 3/10/2019

Derain 2
André Derain, « Samedi », 1913

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Et parfois on tourne sur soi-même

C’était comme un aller retour qu’on aurait déjà fait plusieurs fois. A chaque fois, connaissant mieux le chemin, nous allions plus vite. Cette vitesse nous grisait, nous stimulait.

Cela auraiIMG_20210101_012308t pu continuer toujours, si toujours était un concept. Mais toujours est un mot sans contour et c’est tant mieux, car c’est bonnes heures que ces heures à tourner sur soi-même, en tutu rose, sur des pointes homologuées par nos services de sécurité. Oui c’est bonnes heures que changer l’attraction des pôles, mettre la neige à l’envers, boire une bière fraiche avec son frigidaire -mais oui une bière, il y reste quelques unes dans les stocks stratégiques.

En définitive, ce n’est pas une grande affaire que de bafouiller, devant un cerf qui vient goûter les choux rabougris du jardin, qu’on fera mieux l’année prochaine.

Une Folia, (Follia en italien) ou Folie d’Espagne, danse apparue au XVe siècle au Portugal et thème musical repris par d’innombrables musiciens. Ici dans un superbe duo accordéon-guitare (Jean-Louis Matinier / Itamar Erez) :

La Folia Jean-Louis Matinier & Itamar Erez

Pas toujours

Plage (2)« L’homme n’est pas toujours un lieu triste. » *

Certains diront : « on n’était pas en prison, mais… »

Dans les geôles de verre les oiseaux ont survécu. De même que certaines espèces rares d’échinacéas, c’est pour dire. Mais les cages sont des lieux tristes et l’homme n’a rien à y faire. Sauf à n’y rien faire.

2021, année de passages à niveaux multiples enroulés dans la brume, où chaque présence sera un phare brillant, nécessaire, inoubliable.

 * Au coin du feu (extrait), Eugenio De Andrade, « L’autre nom de la terre« , poèmes. Ed de la différence, 1990, p.47.

Hier, retour de balade

DSC_0186Hier, en revenant d’une balade le long de la mer, je me suis assise à la terrasse d’un café à côté de deux hommes qui m’ont tout de suite plu : ils parlaient de musique. Il n’a pas été difficile de rentrer dans leur discussion. J’ai eu quelque chose à dire à un moment opportun. Les deux hommes m’ont regardée et répondu.
Nous avons bavardé longtemps. Les bières étaient fraiches, l’air encore chaud, les corps détendus, les regards présents. C’était le temps des maris. Les maris ont fait de moi leur amie, et dans le ciel assombri par le soir s’installant, les cormorans répétaient à l’envie qu’il aurait pu ne pas en être ainsi.

Météo des plages du samedi 29 septembre 2020

 

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Les fourmis sont ailleurs que dans mes jambes

P1090461Cher(e) …

Non je ne meurs pas d’impatience. D’ailleurs les fourmis sont ailleurs que dans mes jambes. On dit que le plus dur est à venir, mais on dit bien des choses qu’il n’est pas toujours nécessaire d’écouter.
Savez vous qu’on a changé mes yeux il y a quelques jours ? Visiblement les miens ne convenaient plus. Tout s’est fait sans douleur, une opération parfaitement réussie. Et bien, ce que je vois aujourd’hui, je dirais que c’est la même chose que ce que je voyais hier, mais en relief. Oui, les contours des objets sont rehaussés d’une fine lisière sombre, très élégante, et je peux pénétrer dans chaque couleur comme si j’ouvrais un tiroir pour y glisser la main. Étrange n’est-ce pas ? J’avais déjà le sentiment d’un monde détaché de son socle quand je rêvais. Maintenant c’est nuit et jour que ma maison flotte. Mais rien de désagréable là-dedans. Tant que le vent n’est pas trop fort évidemment.

J’ai bu ma dernière tasse de thé il y a huit jours. L’espèce était déjà largement en voie de disparition et le pillage des derniers stocks mondiaux a achevé son extinction. C’est une perte majeure pour moi. Dans quoi vais-je tremper mes Thé de Lu maintenant ? Je ne me convertirai pas au café, c’est certain. Le café, plus de 2 milliards de tasses bues chaque jour, un des produits agricoles les plus précieux au monde, des prix insolents qui flambent à la bourse de New York ou de Londres et une chaîne de valeur qui entretient voire aggrave la pauvreté des millions de petits caféiculteurs pris en étau entre torréfacteurs et négociants (mais où va l’argent ?)…
Excusez ce lyrisme, je suis parfois sentimentale. Je parlais de la dernière feuille de thé restant sur le dernier arbuste du même nom, dévorée par une chenille géante sortie d’un laboratoire souterrain d’extrême orient. Je disais que je ne savais pas comment allait s’en remettre la filière petits gâteaux. A votre avis dois-je m’en préoccuper ou puis-je passer à autre chose ? Mes nuits sont bien remplies de ces nombreuses questions que je sauve de l’asphyxie en les ramenant à la surface, mais je ne peux continuer à encombrer ma chambre de la sorte.

Comme vous le voyez, la vie ici est sans histoire. J’attends votre retour comme j’attends qu’il arrête de pleuvoir, les cerises ont éclaté cette année encore, même les oiseaux n’en veulent pas. Mais allez, tout cela est peu de chose, moins de cerises moins d’oiseaux, moins d’oiseaux moins de chats, moins de chats moins de souris apeurées. La nature est décidément prévoyante.

Je vous embrasse

Era escuro (chant sépharade). Les Fin’amoureuses. Album : Marion les roses, chants et psaumes de la France à l’Empire Ottoman, 2005

Il faisait noir comme à la minuit / quand la lune s’est dégagée, / tout était silencieux et figé dans le silence / comme un nuage dans l’obscurité.

 «Misérable, pourquoi es-tu venu maintenant? / Me rappeler ce que j’ai vécu? / Me rappeler toute ma vie?  » /- Je lui ai dit ces mots.

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Que s’est-il passé l’année dernière?

P1020301Les jours passent si vite assis dans un fauteuil à regarder de loin les mots collés sur le frigidaire. Je suis lascivement installée dans un fauteuil douillet, le bras télescopique du frigo se déplie pour me tendre une bière, le pauvre chéri se sent bien seul depuis qu’il ne peut plus sortir, allons, faisons un geste et trinquons avec lui.

Je ne suis pas certaine que la compagnie d’un frigidaire ancien modèle me permette de développer ma notion du temps, quand je lui demande l’heure il répond que ça ne me regarde pas. Que dois-je comprendre?

Certes je n’ai pas construit de mausolée à mes années passées. C’est que la concession se négocie sec par ici. Et que j’ai perdu tout sens de l’acharnement. Mais quand même, j’aimerais bien qu’on réponde à mes questions.

Il faut dire qu’il n’y a pas eu d’évènement très important dans ma vie. J’ai bien acheté un carnet de note que j’avais bon espoir de noircir jusqu’à la trame. Mais il est posé sur l’accoudoir de mon fauteuil, pages totalement vierges.

Mon fauteuil est rouge, vous l’ai-je dit? Et le carnet imitation sépia vieilli (imitation complètement ratée). Le frigo est blanc. Couvert de notes et de messages, de phrases sans queue ni tête, de divagations scripturales, de peinture des cavernes. La bière est blanche elle aussi, et froide cela va de soi. Quand je trinque avec le bras mécanique du frigo, elle s’émoustille.

Avez-vous déjà bu une bière fraîche dans un fauteuil rouge, en compagnie d’un frigidaire volant à un carnet sépia les mots qui devraient s’y trouver?

En tout cas, j’ai pensé qu’il serait plus sage de ne pas intervenir dans leur petite querelle.

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La glycine et l’expert

« Le problème avec les experts, c’est qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’ils ignorent. »¹

La glycine est experte en enchantement du P1100202printemps.
Son absence de compassion devant nous, pauvres humains confinés, est affligeante.

 

 

¹Nassim Nicholas Taleb, citation extraite du Monde diplomatique, avril 2020, p.21

Météo de ce lundi 6 avril dans le sud de la France

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Comme une envie de voyage

Tandis qu’entre les êtres humains naissent des lignes invisibles, délimitant les contours d’espaces clos et solitaires
Tandis que nos pensées rebondissent sur des portes calfeutrées
Tandis que nos imaginaires, exfiltrés du monde, s’effilochent et s’endorment

Les paysages se tiennent là, majestueux et conquérants, avec leurs oiseaux et leurs rongeurs, en paix pour une fois, leurs voies aériennes, muettes pour une fois, leurs routes, désertes pour une fois

Les routes ont un point de départ et un point d’arrivée. Entre les deux, l’espace et le temps, l’à-venir, le possible et l’imprévu, le mouvement.

Une carte postale.
La photo du recto montre une montagne rougie par un soleil tout aussi rouge, coupée par une route bordée d’herbe sèche, un coup de pinceau sombre sur la carte. Le point de départ de la route se trouve en deçà de l’image, le point d’arrivée au-delà, l’à-venir et le mouvement sur l’image.

Les destinations parallèles de la carte et de la route se croisent. L’une apporte des mots, soit la possibilité d’un lien, l’autre apporte de l’espace, soit la possibilité d’un monde.

Car sans espace le monde n’est rien; l’espace sclérosé est un espace sans potentiel, le monde sans potentiel un monde désolé.

« Le monde de la vie, c’est le monde des lieux où le désir peut prendre et se charger en réalité, c’est le monde des espaces ménagés à la vie créative. (…) Sans nul doute il y a un monde intérieur de la psyché et un monde extérieur des choses, mais il existe également un lieu où l’expérience se constitue, s’unifie, s’organise, et ce lieu n’est ni dedans, ni dehors. Ce lieu où nous vivons, au sens fort du terme, c’est-à-dire où nous faisons nos expériences, où nous nous promenons la plupart du temps, c’est l’espace potentiel. (…) L’intérieur est à l’extérieur. »
Emmanuel Belin. Une sociologie des espaces potentiels. Logique dispositive et expérience ordinaire. De Boeck Université, 291 p., 2002 (pages 89 ; 98 ; 129)

David Lynch & Lykke Li; I’m waiting here.

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Miniatures

Un homme comme un aimant
Un homme aimantCafé
Un amandier


La tasse aime mes lèvres ce matin
Et la cuiller aime ma main
Le café aime la tasse
Dans la tasse le café
Dans la main la cuiller
Sur la tasse mes lèvres
Embrasseras-tu la tasse, la cuiller ou mes lèvres ?

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2020 : en compagnie des petites âmes

P1080686Des vœux pour 2020. Dans les Açores on appelle « alminhas » ou petites âmes, les stèles et niches qui abritent une croix, un christ ou une vierge. Ces stèles, qu’on peut trouver à un coin de rue comme au sommet d’une montagne, offrent aux âmes errantes du purgatoire un point de passage vers le repos éternel. Une ouverture directe du visible vers l’invisible, du monde de l’ici vers le monde de l’au-delà, du monde de la chair vers le monde de l’éther. J’aime l’idée de la discontinuité de la surface de la terre, de ces puits profonds par lesquels aller et venir. Autour d’eux volent les petites âmes qui s’attardent dans notre monde, celui des mortels, et conversent avec nous. Ici, on parle tout bas et on apprend tout autant. Sera-t-il question de conflit, de convergence des luttes, de discrimination et de relégation, de degré zéro de la politique, de bêtise, d’armes de destruction massive, de désagrégation et de fin du monde ? Ou d’un nouveau pas de valse à huit temps, orchestré par le bruit de la pluie sur la peau tendue de la terre ?

Pour le savoir, souhaitons nous pour 2020 des oreilles grandes ouvertes sur l’insondable, sur les questions sans réponse, sur la musique et sur la danse, sur le monde dont nous sommes partie prenante et que nous ne connaissons pas, sans oublier bien sûr nos petites âmes, qui parlent en nous et hors de nous.

 Nuidanse, Le bal de l’Éphémère, Album Azuré, 2015

(mais oui, une valse à 8 temps…)

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