On m’a dit

P1100002On m’a dit,
On me dit, on me redit
Qu’il y a un trésor en moi
Alors je cherche
Je creuse, je fouille, je me retourne en rond
La tête à l’envers
J’explore, je fore
Je laisse des trous béants
Je ne trouve rien
Je recommence
Je suis une carrière à ciel ouvert

Un beau lac d’argile se forme
Mais je ne trouve toujours rien
Je lis des cartes
Je pars sur les antiques routes de la soie
Je vais en Iran
Je fais marche arrière
Les palais ne dévoilent rien
Shéhérazade se cache

Un trésor
Serait-ce de l’or
Des pierres précieuses
Un carnet d’adresse
Une carte postale ?
Je doute
Je ne vois pas de quoi il s’agit
Il n’y a peut être rien
Peut-être qu’on dit ça comme ça
Un trésor de rien
Le tout du rien
On me l’a déjà faite celle-là
Un trésor qui funambule
Un funambule pour les jours d’ennui
Et moi on me dit
De chercher en moi
Mais je ne fais que ça…

J’ai la peau à nu
Le corps sens dessus dessous
Je suis ouverte à tous les vents
Je me suis entièrement démontée mais trop mal remontée
Un fémur en guise de bras
La nuque de travers
Il me manque un doigt
C’est malin
Pas vraiment fière du résultat

Ouvre donc toi-même les portes
La première la deuxième la troisième
Et toutes les autres
Entre en moi
Un long corridor me traverse de part en part
Axe Nord-Sud en contrechamp
Il est plus de neuf portes dans mon corps
Elles donnent sur des espaces clos
Où poussent des fleurs bleues
Je n’en sais pas plus
Ce que tu trouves garde le
Les trésors comme leurs éclats
Je me brade de tout ce soir
Je donne au musicien qui passe
Est-ce toujours toi ?
Tu es un courant d’air et je suis ouverte à tous les vents

Te dis-je.

H.T.V

La révolution des fleurs sauvages. Composition et chant : Hélène Tallon-Vanerian; guitare : Patrick Villanti

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Milieu d’été sous la pluie

P1070211Aujourd’hui encore, une référence au temps qu’il fait. Et la pluie du jour qui lave ou délave nos âmes semble le prétexte tout indiqué aux bilans. En septembre 2013, j’avais écrit un article de ce genre, intitulé « Fin d’été sous la pluie »1. En septembre 2013 le monde tremblait devant les appels à la guerre venus de tous pays. Obama était encore président des États Unis, on espérait qu’il le demeurerait, non que sa politique nous fût limpide, mais parce qu’il incarnait une intelligence et un métissage dont nous avions besoin pour croire en l’avenir du monde. Trump est arrivé, la bêtise incarnée, et les foules exaltées qui le portent aux nues ne nous aident pas aujourd’hui à savoir où l’on va.

Ce milieu d’été 2019 sous la pluie ponctue un cycle de canicule éprouvant. Sous la pluie les tournesols se redressent. Dans la ville, je pense en marchant dans mes tongs mouillées qui glissent de mes pieds que les enfants sont des trésors si précieux qu’on ne sait pas vraiment quelle place leur faire dans le monde à venir. Que vivront-ils? Comment? On pourra toujours leur dire qu’il y a des routes plus pures que d’autres, et les encourager à suivre celles-ci. Et que ces routes sont celles qui relèguent la bêtise aux confins les plus lointains des paysages, afin qu’elle n’occulte pas les horizons d’espoir que les hommes savent pourtant parfaitement construire.

« Le jour où je cesserai de vivre rien de moi ne restera. Je mourrai bien et tout à fait ; mon seul devoir est donc de vivre bien et tout à fait et de donner ainsi le bonheur à ceux qui m’entourent. Une existence à l’image du métier que j’ai choisi. »  Lettre de Maria Casarès à Albert Camus le 25 février 1951 2.

1 http://www.lalignedecoeur.fr/fin-dete-sous-la-pluie/

2 . Albert Camus, Maria Casarès. Correspondance (1944-1959), Collection Blanche, Gallimard, 2017, 1300 p.

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De la pluie?

Vendredi 19 juillet, 5h20 du matin, un bruit insolite sur les graviers, une odeur fraiche, un rideau scintillant dans la nuit finissante, de la pluie!

mms_20190721_190104

Que nous, enfants gâtés des pays tempérés, puissions attendre la pluie avec tant d’impatience, et en parler comme d’un cadeau que le ciel nous ferait, à l’instar des Africains qui associent le beau temps à la pluie, est assez insolite. Mais la chaleur de cet été effraie. On comprend que lorsqu’une main invisible décide d’ouvrir la porte d’un four, nous ne sommes pas armés pour lutter. On ne peut que prier pour que ça ne dure pas. La solution est d’apprendre à vivre sous terre, mais le peut-on vraiment, au risque d’oublier que seule la surface de la terre nourrit les hommes?

Le 28 juin 2019, la France enregistre son record absolu de température1, soit 46°C à Vérargues dans l’Hérault2. Ce même jour, au sommet du pluieMont-Blanc à près de 5.000 mètres d’altitude, la température passe en une journée de -2 °C à +7 °C3. L’hiver 2018-2019 aura été particulièrement chaud : les températures du mois de février ont été supérieures de 5 à 10 °C à la normale saisonnière, le 27 février 2019 ayant été la journée d’hiver la plus « estivale » que la France ait connue depuis 1950. La France n’est pas la seule concernée, la période d’avril 2018 à mars 2019 est la période de douze mois la plus chaude jamais enregistrée en Europe et à l’échelle mondiale4. Quant à la pluie, on la cherche. Dans les régions méditerranéennes, il est tombé moins de 20 jours de pluie dans l’hiver 2018-2019, soit un déficit d’eau souvent supérieur à 50 %5.

La chaleur devient donc intenable dans nos pays tempérés au climat pourtant si paisible. On imagine aisément que ça ne va pas très bien non plus au Sahara, en Asie du sud est ou au Brésil, zones du globe particulièrement impactées par le changement climatique6. Pourtant, nous, les enfants gâtés des pays occidentaux, premiers (ir)responsables de la situation actuelle, continuons à regarder les habitants des zones transformées en fournaise ou en espace de jeu pour ouragans et tornades se dessécher sur place ou se noyer. Hum… On pourrait imaginer autre chose. Puisque la fin du monde est annoncée, pourquoi ne pas la devancer et la vivre tous ensemble ? Fixons nous un rendez-vous. Je propose l’Antarctique, été 2020 (de l’hémisphère sud). 2020 c’est une date qui sonne bien, et ça laisse le temps d’arriver. Pourquoi l’Antarctique ? Pour sa fraicheur tout d’abord, on en a tellement besoin. Mais aussi parce que c’est un continent qui n’appartient à personne. Pas de visa demandé, ni de tri à la frontière, tout le monde est à égalité sur cette étendue blanche. D’une superficie de plus de 14 000 000 km2 (soit quasiment la Russie), il est facile d’y accueillir toute la population du globe. Non on ne manque pas encore de place sur terre. Petit calcul. En 2020 nous devrions être à peu près 7,8 milliards d’êtres humains. C’est beaucoup certes, mais répartis sur ces 14 000 000 km2 cela donne une densité de population de 557 pers/km2, soit la densité d’une petite ville comme Cavaillon ou Saintes, ce qui est faible pour nous humains habitués à nous entasser les uns sur les autres. Rien à voir avec Paris (21 067 habitants par km2), Manille (43.079 habitants / km²), Shanghai (24 616 habitants au km2) ou même n’importe quelle autre ville.

Une fois arrivés, que faisons nous ? Un grand feu (chacun aura apporté quelque chose pour alimenter ce feu). Dans Amundsen-Scott-South-Pole-Station-Aurorasa douce chaleur chacun sera libre d’occuper les 24 heures de jour de l’été polaire comme il le souhaite. Précisons bien que l’Antarctique est un continent « consacré à la paix et à la science »7, toute autre activité y étant proscrite. Au moment où s’éteindra la dernière braise, il sera temps de lever la tête vers le ciel et de profiter du spectacle époustouflant des aurores australes. Car l’Antarctique n’a jamais accepté sur son sol de population humaine. Si l’on peut lui demander de supporter l’humanité le temps d’un feu de joie, il aura tôt fait de nous montrer qu’on ne lutte pas plus contre le froid extrême que contre la chaleur. Nous le rassurerons en lui disant que nous ne sommes pas venus pour lutter.

Je sens qu’on va me dire que je suis pessimiste. Bon, on peut toujours changer la date…

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1 depuis le milieu du XIXème siècle, qui correspond à la naissance de la météorologie moderne et des premières stations météo en France

2 http://www.meteofrance.fr/actualites/74345599-c-est-officiel-on-a-atteint-les-46-c-en-france-en-juin

3 https://reporterre.net/Les-canicules-ne-sont-plus-des-phenomenes-naturels

4 https://reporterre.net/La-periode-d-avril-2018-a-mars-2019-est-la-plus-chaude-jamais-enregistree-en

5 http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/bilans-climatiques/bilan-2019/bilan-climatique-de-l-hiver-2018-2019

6 https://theconversationfrance.createsend1.com/t/r-l-jikhtdkk-djhrzhtyd-k/

7 Le Protocole de Madrid, entré en vigueur le 14 janvier 1998, précise que l’Antarctique est une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science »

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Parfois

HTV/parfois/lalignedecoeur.fr

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément l’impression de ne pas donner assez, de ne pas te donner, de ne pas me, de ne pas nous donner assez

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément l’impression de ne pas donner assez
Assez de bien-être, assez de soleil, assez de soir d’été
Assez de nid pour les oiseaux, assez de couverture de survie, assez d’eau de pluie, assez de moi-même
Assez d’impatience, de matin d’hiver, de glace fondue, de parcours du combattant
Assez de chlorophylle, de grenouille verte, d’herbe à chat, d’air frais
Assez d’amertume, d’encre violette, de chansons désuètes
Assez d’outrecuidance, de solos de guitare, de pain dans la main
Assez d’ignorance, assez d’incendie.

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément envie de me taire, envie de partir, envie de pleurer
J’ai parfois assez d’envie, assez de vie, assez envie de vie pour t’écouter
J’ai parfois une grande idée en tête, une grande facilité à dire, une grande famille
J’ai souvent une longue route à parcourir
J’ai souvent assez des un peu, des beaucoup, des lagons trempés dans la lessive bleue, des lendemains qui ne savent pas, des lits figés
J’ai assez de parfois pour conduire ma voiture là où je veux
J’ai assez de beaucoup pour marcher sur la tête
J’ai assez dépassé de marcheurs sans passé
J’ai assez de passé pour rester sans bouger
J’ai beaucoup effacé le trop peu du passé
J’ai un peu l’impression que parfois on nous ment
J’ai parfois un peu à donner
J’ai parfois donné passionnément
J’ai donné te tu passionnément toi
Je toi beaucoup oh oui beaucoup
Jamais assez jamais trop peu
Beaucoup à jamais
Parfois te me toi nous
Parfois
Parfois je donne
Parfois je toi te donne
Parfois moi dans l’été
Parfois trois fois toi dans l’été
Et tant d’autres fois
Que parfois
Passionnément pour toi je me tais.

Parfois. Hélène Tallon-Vanerian, 2019

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8 mars, être femme (III)

woman in corridor Lucy Raverat« […] Et donc jeunes femmes
voici le dilemme
qui est en soi une solution:
J’ai toujours été à la fois
suffisamment femme pour être émue aux larmes
et suffisamment homme
pour conduire ma voiture dans n’importe quelle direction »

 

Hard drive (extrait), Hettie Jones, 1998. Beat attitude, femmes poètes de la Beat Generation (anthologie bilingue), Éditions Bruno Doucey, 2018

Peinture : Lucy Raverat

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Genre

Genre tous les jours y’a la vaisselleP1090420

Genre recours au chocolat noir

Genre qu’est ce que tu vaux, toi, qu’est ce que tu vaux?

Genre je me dis que pas grand chose mais je ne le dis pas

Genre y’a d’la colère dans l’air aujourd’hui, ça pulse

Genre ça ne s’arrêtera pas avec l’âge

Genre contrôle technique. Ma voiture pollue? Non, mais le voyant anti pollution est allumé. Mais ma voiture pollue? Non, mais la machine dit qu’il y a un problème avec le système anti pollution. Mais en vrai de vrai, de la réalité vraie qu’on peut toucher et mesurer, elle pollue? Non. Alors vous me donnez le contrôle technique? Non. Et si ma voiture n’avait pas eu de voyant de détection de défaillance potentielle du système anti pollution (comme ma très vielle voiture précédente juste exemple), vous me l’auriez donné? Oui.

Genre ça ne serait pas un peu le nerf de la colère tout ça?

Météo de ce samedi 19 janvier dans le sud de la France

Antidote :

Agnès Obel. On Powdered ground. Album Philarmonics, 2010

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CQFD

DSC_0260« Avant on connaissait beaucoup de monde, pourquoi, parce que l’café ! […]Moi ça fait des années et des années que j’fréquente plus les cafés donc… […] Le fait de pas aller au café… Mais 1€20 moi je peux plus. J’ai dépensé des fortunes dans les cafés, mais même maintenant, leur donner 1,20€, j’peux pas, j’peux plus. Ben non… Même 1 par jour, voyez, ça fait plus de 30 € dans l’mois. Comme j’compte à l’euro près maintenant, non non ! […] Pourtant y’en a des cafés là où j’pourrais m’arrêter, non… […] La vie est bizarre quand même. »

Freddy, 55 ans, Chambon/ Voueize, Creuse, 2013

Oubliés de nos campagnes Écoutez le portrait sonore de Freddy (1’59) en cliquant sur l’image. « Oubliés de nos campagnes », une exposition réalisée par le Secours Catholique et l’agence MYOP, 2013. http://oubliesdenoscampagnes.org

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T 2019

Ça raconte le temps. Ça raconte l’attente. Debout ou assis, à une place fixe tandis que les astres tournent. Ça raconte les hommes et leur volonté de se mouvoir. Ça raconte la peur et les forces extérieures qui nous agissent. Ça raconte la mémoire. Ça raconte le passé et le futur  – c’est à dire accessoirement le présent. Ça raconte que tout ce que nous apprendrons au cours de nos vies ne sera jamais assez pour nous permettre de penser que nous savons quelque chose. Ça raconte donc tout et rien. Ce qui n’est déjà pas tout à fait rien. Surtout quand ça raconte un poème. Celui-ci par exemple :

observatoire de Paris« Quand j’aurais assez de janviers févriers mars assez d’avrils mais juins juillets assez d’aoûts septembres octobres et mon compte de novembres et de décembres

Assez de lundis de mardis assez de mercredis jeudis de vendredis samedis dimanches

Assez de midis et de minuits assez de quatre heures assez d’heures

Mon temps de parole bien passé je m’en irai faire mon silence »            (Valérie Rouzeau, Va où, éd. Le temps qu’il fait, 2002)

Photo : Service international de la rotation de la Terre/ Observatoire de Paris

Pierre Henry. Psyché-rock. Extrait de Messe pour le temps présent, 1969

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Poetry

(…)
La nuit ressemblait au jour à cause des flammes, flammes
dont il se nourrissait – creusant la page

(la page en flammes)

Comme un ver – pour mieux comprendre

Que nous buvons jusqu’à l’ivresse pour être finalement
détruits (par cette nourriture). Mais les flammes
sont flammes avec une exigence, une outrance destructrices
qui leur sont propres – comme il y a des feux qui
couvent

couvent très longtemps sans jamais

s’embraser
(…).

La bibliothèque (extrait). William Carlos Williams, Paterson, 1992, Traduction Yves Di Manno, Editions José Corti, 2005

Paterson, film de Jim Jarmusch, EU 2016

 

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Puisqu’il faut…

P1090397Puis qu’il faut dire
Le jour, l’amour, le fer, la pierre
Et que
Je ne dis pas…

Puisqu’il faut créer
La maison, les enfants, les ponts suspendus, la fenêtre
Et que
Je ne crée pas…

Puisqu’il faut penser
A tout, à rien, à hier soir, à demain
Et que
Je ne pense pas…

Puisqu’il faut prier
Pour que tu sois là, pour la pluie sur le jardin, pour ma mère
Et que
Je ne prie pas…

Puisqu’il faut compter
Sur soi-même, sur les autres, sur les cinq doigts de la main
Et que
Je ne compte pas…

Puisque tout cela s’imprime sur une pellicule fine
Accrochée au balcon de ma terrasse
Et puisque tout cela danse autour de moi
Pourquoi faire plus ?

HTV

Au détour de ton amour. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

La nuit en robe du soir. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

Complainte du prisonnier. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

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Berceuse pour les anges échoués

14049993015_2c0f-70315On ne dira jamais assez que la mer est grande, trop grande pour l’homme qui pourtant s’y confronte corps et âme, y laissant parfois son corps pour garder son âme, quand la mer est une frontière entre l’impossible et le peut-être possible.
On ne dira jamais assez que lutter contre la mer c’est refuser le monde des abysses pour celui du ciel, car l’homme n’a pas de branchies n’est-ce pas? Obéissant à Poséidon, la mer et ses « chemins humides » barrent à Ulysse la route du retour. Prisonnier errant, Ulysse ne s’extraira de la mer que grâce à la protection de la déesse Athéna. Aux prises à une dernière tempête dont Athéna le sauvera, il pensera qu’il eut été moins « atroce » de mourir devant Troie que dans ces vagues « épouvantables ».
Près de 3000 ans après Homère, mourir en mer est toujours aussi atroce. Près de 3000 ans après Homère ne pas porter secours à des hommes piégés par la mer relève toujours de la même barbarie.

L’Aquarius repart en mer
« L’Aquarius, le navire affrété par l’organisation européenne de sauvetage en mer SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), repart en mer car des êtres humains continuent à perdre la vie en tentant de fuir l’enfer libyen. Il repart en mer car le sauvetage est son devoir, sa responsabilité, sa mission et celle des marins à son bord. C’est aussi le devoir de tous les autres bateaux qui naviguent en Méditerranée centrale et de leurs équipages. (…) Certains disent qu’il serait complice du drame humanitaire qui se déroule en Méditerranée, c’est faux. Son seul et unique objectif est de sauver des vies en mer : empêcher que des femmes, des hommes et des enfants ne se noient. (…) En toutes circonstances, il se référera à son devoir supérieur de porter assistance. De fait, si ayant connaissance d’une embarcation en détresse, l’autorité maritime compétente lui donne ordre de ne pas s’approcher ni assister – comme cela a déjà eu lieu au cours des derniers mois, il ne se conformera pas à ces instructions de non-assistance à moins d’avoir la certitude que tous les autres moyens disponibles sont mis en œuvre pour sauver les personnes en danger et pour les mettre à l’abri dans un lieu sûr. De même, s’il reçoit instruction d’attendre alors que le danger est imminent et qu’il a la possibilité de sauver des personnes d’une noyade certaine, il ne pourra pas attendre. »
Communiqué de la Cimade, 1er août 2018
https://www.lacimade.org/500-personnes-sont-onboardaquarius/

Berceuse pour les anges échoués.
Composition et chant ; Hélène Tallon-Vanerian
Guitare : Patrick Villanti

Cartographie : Morts en tentant de franchir les frontières de l’Europe, Philippe Rekacewicz, 2013
https://visionscarto.net/la-mediterranee-plus-loin

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Infini bleu

Les Infinis bleus EOleJ’ai déjà parlé d’une ligne bleue
Pour dire que ton cœur
Ou quelque chose comme ça…
Mais rien à voir avec cet entrelacs
Sous le bleu affleure
La mer
Elle flotte à contre jour
Dans le moucharabieh
Quand le tableau se fige
Tout se fige
Il faut un appel pour casser l’immobilité
Se remettre à bouger
Trembler un peu, ou frissonner a minima
C’est pur plaisir et petite ivresse
Que ce moment là
Tituber gentiment
Quand le soir s’annonce
Çà ne durera que le temps nécessaire
A la contemplation
Ou un peu plus
Peut être

Des lignes et des signes
Il y en a tant
La feuille reflète le ciel
Le bleu reflète le blanc
Mais aussi
Le bleu m’émeut quand il se rassemble
J’avais dit un jour
– Le bleu /ton cœur…
Je boucle la boucle
Et j’aurais aimé ne pas revenir à ce point de départ
Ne pas démontrer
La non linéarité
De la ligne.

Hélène Tallon-Vanerian, d’après l’oeuvre d’eOle « les infinis bleus »
Juin 2018

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Convergence des doutes

Convergence des doutes2Vendredi matin, 11 heures, bureau de poste d’un petit bourg. Deux guichetières font leur travail, derrière un comptoir ouvert qui laisse place à l’échange direct. L’une d’elle est visiblement nouvelle à la Poste car sa collègue la guide pas à pas dans les procédures informatiques et les réponses qu’elle adresse aux clients.

A côté de moi un homme s’avance vers l’employée novice et demande à retirer de son compte épargne 1700€. Dans ces terres reculées, c’est déjà une somme. Il est avec sa compagne. Lui a les cheveux longs tirés en arrière, elle a la peau noire. Ils ne sont pas d’ici, c’est clair. L’employée expérimentée s’arrête de me servir et se tourne vers sa collègue, lui disant à mi voix de vérifier s’ils sont domiciliés dans cette agence, car elle ne les connais pas. Cette dernière s’exécute et tape le n° de la carte de retrait qui lui a été présentée. Elle confirme qu’ils ne sont pas enregistrés dans ce bureau. L’employée en chef, qui a pris les choses en main, dit alors à l’homme que dans ce cas il ne peut retirer que 800 €. S’engage un échange vif entre eux. L’homme répète qu’il a besoin de 1700€, et qu’il ne voit pas de quel droit on lui interdit de retirer cet argent, bien présent sur son compte. L’employée lui dit qu’il est bien sûr libre de disposer de la totalité de son argent, mais dans son agence uniquement, et qu’il n’a qu’à faire sa demande là-bas. La réponse semble totalement incongrue à l’homme qui vient visiblement de loin. Il dit qu’ils viennent de déménager, qu’ils ont même fait leur changement d’adresse à La Poste, et qu’il a vraiment besoin de cet argent… La postière lui indique alors que si cette somme est destinée à un achat ciblé, il existe d’autres systèmes de paiement, de banque à banque par exemple. L’homme dont la colère est montée d’un cran lui répond que ce n’est pas à la banque de décider de la manière dont il paye ce qu’il achète, ni de contrôler ses transactions, qu’il n’est pas encore interdit de payer en argent liquide, qu’il refuse d’être l’otage d’un système liberticide, édifié pour servir l’intérêt de la banque au dépens de celui de l’usager, etc. Ses arguments font mouche. Dans la petite salle de l’agence les personnes qui patientent en silence lui donnent implicitement raison, tout comme l’employée béotienne qui découvre l’envers du décor de l’organisation dans laquelle elle travaille. La chef s’est retranchée derrière son impuissance et ne répond rien. La novice lui vient en aide en expliquant à l’homme d’un ton que l’on sent sincèrement désolé qu’elle et sa collègue ne peuvent rien faire, la machine ne délivrera pas plus que la somme maximale autorisée. Elle lui suggère une combine pour contourner l’interdiction, le transfert d’argent de son compte épargne vers son compte courant. Qu’il peut faire de chez lui.  Qu’il y a néanmoins là aussi un retrait maximum autorisé de 1200€ dans son cas et qu’il doit donc veiller à laisser au moins 500€ sur son compte épargne. Que le délai de transfert est de 48h. Qu’il pourra revenir retirer le tout à l’agence  lundi, vu que la Poste est fermée le dimanche, c’est à dire dans trois jours…

L’homme est intelligent et a parfaitement compris qu’il n’obtiendra pas son argent aujourd’hui. Que l’argent d’un quidam sur un compte bancaire devient l’argent du banquier. Que les besoins d’un individu ne comptent pour rien dans un système financier spéculatif. Que le moindre mouvement d’argent d’un petit épargnant est scruté à la louche, tandis que des millions d’euros peuvent s’évaporer sans trace…

– Alors, on n’a vraiment plus d’autre choix que la révolution? lâche-t-il avant de partir.

Dans le petit bureau de poste, personne ne l’aura contredit.

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Après la nuit

P1090203On oublie
Que le point de départ
Se tient au fond de nous
Les mots traversent les âges
Comme le corps qu’on offre
A l’autre
Et qui raconte

Je ne donne pas tout
Je garde dans mes mains
Les histoires secrètes
Des voyageurs
Leurs poèmes
Qui flottent
Comme des rubans blancs
Dans le ciel

On peut songer au monde
Qui scintille
A l’étrange course de fond
Des oiseaux migrateurs
Aux paysages, aux mers
Aux champs verts
Aux arbres sculptés
Nous passons sur une terre de contraste
Saison du feu saison du froid
La rupture comme un état
Une ouverture vers autre chose

Arrivés sur le seuil
Nous survivons
Entre deux vides
Que nous comblons
De rêves et de chimères

Si nous savions aimer
Le vide ne nous effraierait pas
Et c’est assez de l’avoir dit
Pour s’endormir
Après la nuit.

HTV, décembre 2017

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A l’an nouveau grand vent frais

Lumière hiverIl dit – Quelque chose change…
Elle dit – Quoi donc?
Il dit – Ce matin je n’ai pas trouvé le café…
Elle dit – Oui ?
Il dit – Ni la tasse, ni le sucre, ni la cuiller…
Elle dit – Ah bon ?
Il dit – Je n’ai pas trouvé la table non plus, ni la cuisine, ni la porte de la maison
Elle dit – C’est étrange…
Il dit – Pourquoi tout se met à changer aujourd’hui ?
Elle dit – Ce n’est peut être qu’une disparition passagère…
Il dit – Tu veux dire que tout pourrait revenir ?
Elle dit –Pourquoi pas ?
Il dit – Et en attendant, si je veux boire un café?
Elle dit – Certes ça paraît difficile…
Il dit – Tu crois que ça a quelque chose à voir avec 2018 ?
Elle dit – Non, pourquoi ?
Il dit – Pour rien, pour rien…

Si nous savions vers quoi nous mène notre vie, nous ne conjurerions pas l’avenir par des vœux répétés chaque année, nous resterions rationnels et mesurés. Mais l’impermanence est la matrice de notre existence. Et si, en 2018, pour s’en prémunir, nous apprenions à lire l’avenir dans le marc de café ? Chaque jour, voire deux fois par jour, vous pourriez interroger votre destinée, et vous y préparer de pied ferme.
Je vous livre la recette. Elle vient du Moyen Orient.
Dans une petite cafetière orientale, mettez de l’eau, du sucre et du café moulu très fin. Faites monter en température très doucement, jusqu’à faire bouillir le café pendant une minute. Arrêtez le feu, et versez le tout dans le nombre de tasses adéquat, en répartissant la mousse formée pendant l’ébullition. Laissez reposer votre café pour laisser le marc se déposer. Ne mélangez surtout pas ! Buvez votre café en laissant le fond (sous peine de boire le marc), retournez la tasse sur la soucoupe et attendez quelques minutes. Regardez alors les dessins formés sur les parois de la tasse : votre avenir est là ! Chaque forme vous adresse un message. En voici quelques clefs. Des lignes horizontales et des stries vous indiquent un blocage, une ligne parallèle au bord de la tasse un voyage, une bulle ou un canard une rentrée d’argent, un escargot un déménagement, un oiseau une nouvelle, une cigogne une naissance, une colombe une rencontre sentimentale, un aigle un message de triomphe (alors pour s’y retrouver un peu, sachez qu’une cigogne a un long bec, une colombe est petite et a un bec court, un aigle est gros et a des serres puissantes). Un chien et ce sera la fidélité, tandis qu’un chat, c’est bien connu, la trahison. Un serpent indique une maladie, des ciseaux une rupture, un bateau un voyage par mer et un avion un voyage par les airs, un anneau un mariage, un bouquet de fleurs la réalisation d’un vœu, un fer à cheval de la chance en argent, un cœur une rencontre amoureuse, mais attention s’il est blanc c’est un amour passé (oui le passé s’invite aussi dans le fond de la tasse).

Si vous avez une volière dans votre tasse, c’est jackpot : une nouvelle, une naissance, une rencontre et un grand succès !
Si vous avez un avion et un bateau et que vous projetez de traverser l’atlantique, peut-être commencerez vous le voyage à la rame, avant d’être pris en charge par un hydravion secourable. Si vous avez un serpent dans votre tasse, mettez-y un aigle qui mangera le serpent. Si vous avez un anneau et un chat, mettez-y un chien qui coursera le chat. Si vous avez un anneau et des ciseaux, mettez y un bouquet et faites votre choix.
Le marc de café c’est la maîtrise de votre avenir !

Je précise que ça ne marche pas avec le thé. Comme je bois du thé, je m’en tiendrai aux vœux classiques. J’en formule un seul, l’amour de chaque instant par lequel nous grandissons. Un beau défi nietzschéen. A la vie toujours préférer la vie…

Et pour accompagner ce défi, une musique qui invite à prendre la route (vous seuls en savez la destination).

René Aubry, Rasta la vista. Album Refuges, 2011

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