Autour de moi les voix passent, intermittentes, sur la terrasse. Je tente de déchiffrer les accents du groupe de randonneurs qui marche sur le chemin en contrebas. Je leur en veux de brouiller mon écoute du vent et du ruisseau. Le murier qui se penche sur eux ne pense pas autre chose. Le dernier soleil de la journée éclaire le haut de la gorge. La fille aux lunettes de soleil rondes de la table d’à côté m’effraie un peu. Copie anachronique d’une petite Janis Joplin égarée sur la Terre. Je ne reconnais pas mon paysage. Je sais que j’ai dansé toute la nuit sur le terrain de pétanque, qu’il y avait plus de joie dans les arbres et dans les regards. Le vent souffle doucement, évitant la terrasse. Il veille sur nous, ne veut pas qu’on ait froid. Que nous partions prématurément. Que je reste seule, attendant la fin du jeu et le retour de la danse
Comme oubliée sur un banc
Comme loin de tout
Comme la première invitée du silence. Avec la cigale qui n’a pas achevé sa sérénade et qui cherche un écho.
Mais aujourd’hui, ce soir, ici, au bord d’un ruisseau qui coule derrière les grands frênes, je ne sais pas qui lui répondra. On dit les petits villages paisibles, mais les hommes sont bruyants par nature. C’est la cigale qui se taira la première, et moi je l’inviterais bien à une soirée d’hiver, sous un vent glacé, sans petites tables carrées sur une terrasse, sans verres qui tintent, sans âmes bavardes et affairées, et même sans moi après tout.