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Instantané de voyage II: Au coeur de l’Etat de Bahia, la Chapada diamantina

Une nuit d’ « ônibus » et nous passons d’une ville animée, bruyante et il faut l’admettre fatigante, à un village encore endormi, sentant bon la pluie fraîche et l’air lavé. Un seul oiseau chante et dans ses modulations aucun doute c’est la langue brésilienne qu’on entend. Comme s’il avait encore fallu se prouver l’existence du lien organique entre les sons de l’environnement et la langue de ses habitants. Imparable.

A 5 heures du matin il fait nuit noire. Cela ne durera pas, le jour arrive d’un coup, comme 12 heures plus tard arrivera la nuit, sans transition. A ce Brésil « équinoxial » on ne peut reprocher que la fugacité de ses aurores et des ses crépuscules, mais peut être est ce le secret de sa capacité à aller de l’avant, et à ne pas se perdre dans la nuance incertaine et les « peut-être » interminables.

Lencois/HTV2014/lalignede coeur.frEn tous cas cette arrivée est agréable. Un peu plus loin, dans la large rue déserte, une buvette est allumée. Elle offre du café (sucré et mauvais, ne surtout pas aller au Brésil dans l’espoir de savourer leur excellent café car c’est en Europe qu’on le trouve) et des jus de fruit préparés devant vous. Les guides attendent de pied ferme. Accueillants et avenants mais business is business. Ils descendent des garimpeiros, ces chercheurs d’or et de pièces précieuses qui ont fait la richesse de la zone à la fin du XIXe siècle, plaçant le Brésil en tête de la production mondiale de diamants. Sur ces hauts plateaux sillonnés de gorges, de cascades et de morros, on prend l’air. Mais il faut d’abord s’approprier la zone, pour se débarrasser des guides hors de prix et absolument inutiles lorsqu’il s’agit d’aller aux cascades les plus proches des villages.

L’architecture des villages, des XIXe et début du XXe siècle, est très belle. Il faut se laisser charmer. Et comme on est en vacances essayer d’oublier qu’elle signifiait vie de luxe pour les uns et vie de labeur pour les autres. A qui profitait l’éclat fascinant des pierres précieuses?

Mais la Chapada diamantina, cela aura été le nom quelque peu mystérieux de la plus belle de ses vallées, qu’on se passe entre initiés, la « vale do Capaõ », une vallée de « hippies » comme nous le diront les brésiliens. On y accède par une piste, et si l’électricité arrive petit à petit jusqu’aux maisons les plus isolées, ce n’est pas le cas des réseaux de téléphone ou d’Internet. Ce qui ne surprendrait pas si en descendant du mini bus on ne tombait pas sur un village très animé aux façades peintes de larges fleurs vives ou de mandalas éclatants, rassemblant une foule de jeunes gens aux cheveux longs (dread pour les garçons) et aux robes colorées pour les filles. Sur les affiches apposées aux portes des boutiques et des pousadas, on offre massages ayurvédiques, thérapies alternatives, appels à rejoindre l’enseignement des derviches tourneurs et de Gurdjieff (on l’avait bel et bien oublié celui là…), ou celui plus discret du chamanisme indien. Fondation de l’âme, écoles, retraites méditatives, bref ici tout est tourné vers la réconciliation harmonieuse de l’homme et de la nature. Sous les cascades fraîches, dans un décor paradisiaque, les corps libres et bronzés des jeunes gens s’exposent. Ils sont ornés de tatouages très élaborés, revendication d’une filiation originelle aux peuples indigènes restés intimes avec la terre. Le syncrétisme culturel est assumé. Car si l’homme nouveau revient aux sources, il a auparavant parcouru le monde… Bien sûr tout ici est écotourisme et pour la première fois de notre voyage le bio a pignon sur rue. Étrangement j’ai enfin la sensation d’avoir traversé l’Atlantique et d’être en Amérique (avec un grand A) – jusque là j’aurais pu situer le Brésil n’importe où sur le planisphère, tant il m’apparaissait d’une singularité totale, quasi extra « terrestre ».

Sur ce panneau placé au bord d’un chemin on lit:  « Prenez soin des fleurs, vous avez besoin des couleurs ». Le ton est donné.

Chapada diamantina/HTV2014/lalignedecoeur.frLa musique dansée dans la salle de bal de la place du village est le Forro, musique populaire des habitants de la région du Nord Est du Brésil. Un extrait de cette danse, dans une version élaborée (qu’on ne verra pas sur la place du village…):

http://www.youtube.com/watch?v=N-jG44Ct0ng

 

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