Category Archives: Pages d’écriture

On m’a dit

P1100002On m’a dit,
On me dit, on me redit
Qu’il y a un trésor en moi
Alors je cherche
Je creuse, je fouille, je me retourne en rond
La tête à l’envers
J’explore, je fore
Je laisse des trous béants
Je ne trouve rien
Je recommence
Je suis une carrière à ciel ouvert

Un beau lac d’argile se forme
Mais je ne trouve toujours rien
Je lis des cartes
Je pars sur les antiques routes de la soie
Je vais en Iran
Je fais marche arrière
Les palais ne dévoilent rien
Shéhérazade se cache

Un trésor
Serait-ce de l’or
Des pierres précieuses
Un carnet d’adresse
Une carte postale ?
Je doute
Je ne vois pas de quoi il s’agit
Il n’y a peut être rien
Peut-être qu’on dit ça comme ça
Un trésor de rien
Le tout du rien
On me l’a déjà faite celle-là
Un trésor qui funambule
Un funambule pour les jours d’ennui
Et moi on me dit
De chercher en moi
Mais je ne fais que ça…

J’ai la peau à nu
Le corps sens dessus dessous
Je suis ouverte à tous les vents
Je me suis entièrement démontée mais trop mal remontée
Un fémur en guise de bras
La nuque de travers
Il me manque un doigt
C’est malin
Pas vraiment fière du résultat

Ouvre donc toi-même les portes
La première la deuxième la troisième
Et toutes les autres
Entre en moi
Un long corridor me traverse de part en part
Axe Nord-Sud en contrechamp
Il est plus de neuf portes dans mon corps
Elles donnent sur des espaces clos
Où poussent des fleurs bleues
Je n’en sais pas plus
Ce que tu trouves garde le
Les trésors comme leurs éclats
Je me brade de tout ce soir
Je donne au musicien qui passe
Est-ce toujours toi ?
Tu es un courant d’air et je suis ouverte à tous les vents

Te dis-je.

H.T.V

La révolution des fleurs sauvages. Composition et chant : Hélène Tallon-Vanerian; guitare : Patrick Villanti

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Parfois

HTV/parfois/lalignedecoeur.fr

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément l’impression de ne pas donner assez, de ne pas te donner, de ne pas me, de ne pas nous donner assez

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément l’impression de ne pas donner assez
Assez de bien-être, assez de soleil, assez de soir d’été
Assez de nid pour les oiseaux, assez de couverture de survie, assez d’eau de pluie, assez de moi-même
Assez d’impatience, de matin d’hiver, de glace fondue, de parcours du combattant
Assez de chlorophylle, de grenouille verte, d’herbe à chat, d’air frais
Assez d’amertume, d’encre violette, de chansons désuètes
Assez d’outrecuidance, de solos de guitare, de pain dans la main
Assez d’ignorance, assez d’incendie.

J’ai parfois un peu beaucoup, un peu toujours, un peu passionnément envie de me taire, envie de partir, envie de pleurer
J’ai parfois assez d’envie, assez de vie, assez envie de vie pour t’écouter
J’ai parfois une grande idée en tête, une grande facilité à dire, une grande famille
J’ai souvent une longue route à parcourir
J’ai souvent assez des un peu, des beaucoup, des lagons trempés dans la lessive bleue, des lendemains qui ne savent pas, des lits figés
J’ai assez de parfois pour conduire ma voiture là où je veux
J’ai assez de beaucoup pour marcher sur la tête
J’ai assez dépassé de marcheurs sans passé
J’ai assez de passé pour rester sans bouger
J’ai beaucoup effacé le trop peu du passé
J’ai un peu l’impression que parfois on nous ment
J’ai parfois un peu à donner
J’ai parfois donné passionnément
J’ai donné te tu passionnément toi
Je toi beaucoup oh oui beaucoup
Jamais assez jamais trop peu
Beaucoup à jamais
Parfois te me toi nous
Parfois
Parfois je donne
Parfois je toi te donne
Parfois moi dans l’été
Parfois trois fois toi dans l’été
Et tant d’autres fois
Que parfois
Passionnément pour toi je me tais.

Parfois. Hélène Tallon-Vanerian, 2019

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Poetry

(…)
La nuit ressemblait au jour à cause des flammes, flammes
dont il se nourrissait – creusant la page

(la page en flammes)

Comme un ver – pour mieux comprendre

Que nous buvons jusqu’à l’ivresse pour être finalement
détruits (par cette nourriture). Mais les flammes
sont flammes avec une exigence, une outrance destructrices
qui leur sont propres – comme il y a des feux qui
couvent

couvent très longtemps sans jamais

s’embraser
(…).

La bibliothèque (extrait). William Carlos Williams, Paterson, 1992, Traduction Yves Di Manno, Editions José Corti, 2005

Paterson, film de Jim Jarmusch, EU 2016

 

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Puisqu’il faut…

P1090397Puis qu’il faut dire
Le jour, l’amour, le fer, la pierre
Et que
Je ne dis pas…

Puisqu’il faut créer
La maison, les enfants, les ponts suspendus, la fenêtre
Et que
Je ne crée pas…

Puisqu’il faut penser
A tout, à rien, à hier soir, à demain
Et que
Je ne pense pas…

Puisqu’il faut prier
Pour que tu sois là, pour la pluie sur le jardin, pour ma mère
Et que
Je ne prie pas…

Puisqu’il faut compter
Sur soi-même, sur les autres, sur les cinq doigts de la main
Et que
Je ne compte pas…

Puisque tout cela s’imprime sur une pellicule fine
Accrochée au balcon de ma terrasse
Et puisque tout cela danse autour de moi
Pourquoi faire plus ?

HTV

Au détour de ton amour. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

La nuit en robe du soir. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

Complainte du prisonnier. Hélène Tallon-Vanerian : composition et chant ; Patrick Villanti : guitare

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Infini bleu

Les Infinis bleus EOleJ’ai déjà parlé d’une ligne bleue
Pour dire que ton cœur
Ou quelque chose comme ça…
Mais rien à voir avec cet entrelacs
Sous le bleu affleure
La mer
Elle flotte à contre jour
Dans le moucharabieh
Quand le tableau se fige
Tout se fige
Il faut un appel pour casser l’immobilité
Se remettre à bouger
Trembler un peu, ou frissonner a minima
C’est pur plaisir et petite ivresse
Que ce moment là
Tituber gentiment
Quand le soir s’annonce
Çà ne durera que le temps nécessaire
A la contemplation
Ou un peu plus
Peut être

Des lignes et des signes
Il y en a tant
La feuille reflète le ciel
Le bleu reflète le blanc
Mais aussi
Le bleu m’émeut quand il se rassemble
J’avais dit un jour
– Le bleu /ton cœur…
Je boucle la boucle
Et j’aurais aimé ne pas revenir à ce point de départ
Ne pas démontrer
La non linéarité
De la ligne.

Hélène Tallon-Vanerian, d’après l’oeuvre d’eOle « les infinis bleus »
Juin 2018

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Après la nuit

P1090203On oublie
Que le point de départ
Se tient au fond de nous
Les mots traversent les âges
Comme le corps qu’on offre
A l’autre
Et qui raconte

Je ne donne pas tout
Je garde dans mes mains
Les histoires secrètes
Des voyageurs
Leurs poèmes
Qui flottent
Comme des rubans blancs
Dans le ciel

On peut songer au monde
Qui scintille
A l’étrange course de fond
Des oiseaux migrateurs
Aux paysages, aux mers
Aux champs verts
Aux arbres sculptés
Nous passons sur une terre de contraste
Saison du feu saison du froid
La rupture comme un état
Une ouverture vers autre chose

Arrivés sur le seuil
Nous survivons
Entre deux vides
Que nous comblons
De rêves et de chimères

Si nous savions aimer
Le vide ne nous effraierait pas
Et c’est assez de l’avoir dit
Pour s’endormir
Après la nuit.

HTV, décembre 2017

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C’est silence ma belle

PDP19_Aff_20x30Et c’est silence ma belle
Silence des grands banyans et des oiseaux colorés
C’est silence dans ton cœur
Silence pour la fin d’une guerre
Que te livre ta mémoire
Les traces de pas dans la terre rouge
Les traces de mains sur le corps des enfants
Les traces de paroles dans l’air humide
Oui c’est silence et mémoire tressés
Qui serrent ta gorge
Le nœud coule et c’est chagrin qui t’assaille ma belle
Le temps passé loin des forêts
Le temps perdu dans les villes froides
C’est exil mon aimée, c’est survie
C’est absence et regret
D’un pays tambour, d’un pays danse
C’est larmes compagnes
Du tranchant de l’espoir
Espérance obstinée du retour
Dans la Terre-Arbre des vieux esprits.

Je dirai cela
Dans un souffle peut être
Mais je le dirai
Pour attendre avec toi
L’éternité s’il le faut
Que passage soit rendu
A ta parole ciel
Imprescriptible
Une parole que j’appelle
Majesté.

Hélène Tallon-Vanerian

Printemps des poètes 2017, concours de poésie, Le Fil des Arts, Prémian (34), 8 mars 2017

Jardin de mille rêves

Entre ton pull et ta peau
Un jardin d’étamines
J’y passe une main nue
J’y demeure, clandestine
Je m’y délice

Sur les routes du Grandp1080386 Nord
Je t’ai épousé
Un poème passe
Sur le velours de tes lèvres
Je murmure
Mille phares jaillissent et m’offrent
Une esquisse d’aurore

Enroulée, pelotonnée dans le creux
De tes hanches
Je vagabonde sur ton corps
Et bien ce n’était pas rien
Ces territoires enflammés
Mes mains s’y sont brûlées
Regarde, mes paumes sont restées brunes
J’étais petite et frêle
Folle d’un amour terrestre
La porteuse de voix
Qui ne voit rien du ciel
Quand à tes yeux elle se réfère

Ombre du songe, miel
Fragrance des vastes plaines
Force du trait d’union et du lien éternel
Missive charnelle que je glisse
Dans l’entre deux des continents
Entre ta peau et ton regard
Dans cet espace que je compose
Et qui m’oppose au vaste monde
Dans cet écrin ou rien,
Non vraiment rien
Ne trouble l’agencement des fleurs
Que tu fais naître pour que je cueille
Un à un leurs pétales
Et que j’en fasse le lit secret
Du souffle qui se lève
Quand je chemine entre tes rêves.

H.T.V.

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Requête

Il me faut une fois de plus pPorte verte/HTV/Lalignedecoeur.frousser la porte du jour
Et voir s’il danse encore dans l’ombre
D’étranges mains de plâtre et de papier.

Oh belles fées qui restez sur le seuil
Gardez mes nuits d’avant le rêve
Dans son miroir sans pareil
J’étais deux je deviens mille.

HTV


Élise Caron, La chambre. Album « Eurydice bis », 2006

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Boussole pour l’espoir

« ­­[…] Il faut tout voir à travers les bésicles de l’espoir, chérir l’autre en soi, le reconnaître, aimer ce chant qui est tous les chants, […] on est toujours surpris par ce qui toujours vient,Boussole/HTV/lalignedecoeur.fr la réponse du temps, la souffrance, la compassion et la mort ; le jour qui n’en finit pas de se lever ; l’Orient des lumières, l’Est, la direction de la boussole et de l’Archange empourpré, on est surpris par le marbre du Monde veiné de souffrance et d’amour, au point du jour, allez, il n’y a pas de honte, il n’y a plus de honte depuis longtemps, il n’est pas honteux […] de se laisser aller aux sentiments, et au tiède soleil de l’espérance. »

Mathias Enard, Boussole, Actes sud, 2015, p. 378

Béata Palya, Szózat Katitzához a férfiak ügyiben. Album Ágról-Ágra, 2003

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En tant que femme : Maria-Mercè Marçal

Dans ce blog se promènent des femmes inspirantes. Pour Maria-Mercè Marçal, parler en tant que femme c’est d’abord dire la part blessée du corps, c’est parler depuis son corps :

« Je me mets à genoux devant
le corpsP1010623
impur
obscène
mortel
premier
pays
vivant
cercueil
ouvert
d’où je
proviens
il n’y
a pas,
mère, d’autre naissance. »

C’est parler du monde indompté, de sa frange indicible :

« Je rends grâce au hasard de ces trois dons :
être née femme, de basse classe, de nation opprimée.

Et de ce trouble azur d’être trois fois rebelle. »

C’est collectionner l’éclat fragmenté des jours  :

« Je monterai la tristesse au grenier
avec le parapluie cassé, la poupée borgne,
le cahier périmé, la vieille tarlatane.
Je descendrai les marches dans la robe de joie
qu’auront tissée des araignées toquées.

Il y aura de l’amour émietté au fond des poches. »

C’est dire la dimension translucide de la mort  :

« Rien ne te sera pris : seul viendra
l’instant d’ouvrir
docilement la main
de libérer
la mémoire de l’eau
pour qu’elle se retrouve eau
de la haute mer. »

Maria-Mercè Marçal, Trois fois rebelle, éditions Bruno Doucey, 2013, pages 101; 9; 21; 87. Traduit du catalan par Annie Bats

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Écrire la vie

Ecrire la vie/HTV/lalignedecoeur.frJe tombe par hasard sur la 4ème de couverture du dernier livre de François Bégaudeau La politesse:
« La voix du Nord demande si les deux auteurs se sentent particulièrement concernés par le thème de ce soir, Écrire la vie.
Nous nous sentons particulièrement concernés. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions écrire d’autre. »
Ces lignes me réjouissent particulièrement. Moi aussi je veux me sentir particulièrement concernée.

Plus bas on peut lire :
« François Bégaudeau est né en 1971 à Luçon. »
Je ne sais pas où se trouve Luçon mais cette information a l’air de toute première importance. Je chercherai. On note au passage que l’auteur en question est jeune (enfin plus jeune que moi). N’étant pas sociologue je ne peux pas dire si l’année 1971 a été un bon cru pour la littérature française ; aura-t-elle été le point d’inflexion notable de l’émergence d’un nouveau style littéraire singulier contribuant aujourd’hui au rayonnement culturel de la France que je n’en saurai rien. Je constate qu’il y a beaucoup de choses qu’on ne me dit pas. Il me semble d’ailleurs m’être déjà fait ce constat.
Et puis : « Il est l’auteur de sept fictions aux Éditions Verticales : Jouer juste (2003) –un livre que j’avais lu sur un malentendu, pensant qu’il parlerait de musique [mais les livres de François Bégaudeau parlent de tout sauf de leur sujet, cela je l’ai compris après coup], Dans la diagonale (2005) – pas lu ou alors je ne m’en rappelle plus, Entre les murs (prix France Culture-Télérama 2006, adapté au cinéma par Laurent Cantet) –vu au cinéma et pas vraiment aimé, Fin de l’histoire (2007) –pas lu, Vers la douceur (2009) –offert à Noël à une amie proche, je trouvais que c’était un programme tout à fait digne d’intérêt, La blessure la vraie (2011) –j’ai cherché la blessure à chaque page sans en trouver de trace, mais à cette époque tout était prétexte à trouver un miroir à la mienne, et Deux singes ou ma vie politique –pas lu non plus ».
Et encore : 19,50 EUROS [pas donné, attendre qu’il sorte en poche -forcément il sortira en poche] ;
Illustration de couverture Philippe Bretelle [là, franchement, je ne m’étends pas pour ne pas me faire d’ennemi, mais Philippe aurait pu faire un effort] ;
www.editions-verticales.com [bien noté].
Il y a encore quelques petits signes en bas à gauche (ce fameux coin que notre œil ne voit pas, dans lequel on peut fourguer tout ce qui encombre) : des n° à rallonge, dont l’ISBN [978.2.07.014848.6]. Enfin en haut de page le nom de l’auteur et le titre du livre.

Passons maintenant aux pages intérieures. Soit 293 pages numérotées, avec une certaine bizarrerie d’ailleurs car la numérotation commence à la page 9. On se demande pourquoi les premières n’ont pas eu droit à plus d’égard, c’est injuste mais bon. Ces 293 pages sont suivies de neuf pages totalement blanches, et d’une toute dernière rappelant que le livre a bien été imprimé [une survivance ?], en quel lieu précisément, jusqu’à nous préciser en quel mois les presses ont fonctionné pour nous offrir à nous lecteur cet objet sobre et pur. Merci beaucoup petites presses. C’est bien fait, vraiment. Mais revenons à nos neuf pages blanches, qui m’interpellent vous l’avez compris… L’auteur a-t-il voulu nous laisser la place et nous faire participer à son projet d’écriture ? Qui n’est autre que celui d’écrire la vie ? J’approuve des deux mains. Je veux m’y mettre tout de suite. Neuf pages c’est du concentré, il va falloir résumer.
Mais avant de me lancer je reviens à la 4ème de couverture, car de fait je n’ai pas tout lu.
« En poussant un peu nous pourrions démontrer qu’écrire la vie est un pléonasme.
– Mais est-ce que ce n’est pas voué à l’échec ?
Nous pensons que si. »

Hé ! La chute est un peu dure. J’étais si contente.
Faut-il du coup laisser leur virginité à ces pages blanches ? Ne surtout pas prendre le risque d’y toucher ? Ne seraient-elles qu’une métaphore de notre impuissance, ou une mise en garde définitive contre toute tentative de dévoiler quoi que ce soit de la vie ? Je commence à être moins à l’aise. Si ces pages au contraire n’étaient blanches que de saturation de vie ? Si elles renfermaient toutes les vies, prêtes à nous sauter à la gorge et à nous étouffer à la première occasion ?
Mon cher François, bien loin de moi l’idée de vous incommoder car vous êtes sans doute tout à fait charmant, mais voyez-vous je crois que je n’en veux pas de votre vie. Enfin de LA vie. J’ai déjà bien du mal avec la mienne. Soyons un peu sérieux. Si écrire la vie est voué à l’échec, que dire de peindre la vie ? Ou de jouer la vie ? Ou encore de dire la vie ? De penser la vie ? Aimer la vie ? Manger la vie ? Tout est-il assurément voué à l’échec ?
Du coup, je ne suis plus très sure de vouloir lire le livre. Même par politesse. On nous appâte avec un beau programme, et puis tout s’écroule en une fraction de seconde. On connaît l’histoire. On ne me la fait plus.
« –A moins que tu aies changé d’enfance entre temps ?
– Non, pas trop. ».
Chapitre I.1, p.15.

François Bégaudeau, écrivain de la vie retranchée dans la fausse candeur de la simplicité, auteur qui joue à brouiller les pistes, ne se reconnaitrait certainement pas dans le portrait que je brosse de lui et de ses livres. Alors, pour éviter toute ambiguïté, je précise tout de suite que je vous invite chaleureusement à lire ses livres si ce n’est déjà fait.

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Reflet jaune et blanc

Une tache de lumière sur la nappe
Du jaune et du blanc dans le reflet des verres
Un souffle passe dans nos cheveux
L’heure est tiède, l’air est opaque
La table est mise pour nos corps à nourrir
Les tapis volants sont rangés sous les sièges.

Les voix se dispersent au-delà du rayon doré de la bougie
Sourires dans les traces de nos mains
Une heure qui s’éteint pour d’autres en chemin.
Il flotte un souvenir d’encens, de mer et de carte postale.

Comme une nuée d’oiseaux nous nous levons
Nos pas sont lents et nos corps souples
Nous quittons la rivière et entrons dans la nuit
Nos ombres s’effacent sous son voile.

Vers nous-mêmes nous allons
Et la route nous parle
Par delà la lumière jaune et joyeuse
Vers nous-mêmes nous allons
Et la route nous mène
Dans l’azur de la nuit pleine et transparente.

H.T.V. Juillet 2013

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Ligne rouge et bleue

Il trace une ligne au couteau dans mon cœur
Il y place une goutte d’encre bleue
Il écrit ses rêves à même ma chair
Le ciel m’a pris par la main.P1050416

Puissance de l’instant qui jamais ne demeure
Qui creuse et sonde les espaces sous ma peau.
Exister à jamais dans ces traces éparpillées
Dans les lézardes dont il forme ses mots
Mots tendres, mots profonds, mots insondables
Mots bleus d’encre délavée aux larmes de l’histoire
Mots légers que contrarie la course du sang dans nos veines
Histoire à réécrire mille fois
Des mille rêves qu’il gravera sur mon corps.

Au creux des mots la béance des vies qui dérivent,
Dans l’air salin qui n’éteint pas les braises
Les vagues orageuses sous des ciels lourds
Le poids des jours sans fin qui ne racontent rien du monde.

H. T.-V.

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On avait le doré du couchant

On avait le doré du couchant
Les ombres lâches
Les lézards nichés dans les pierres
On avait nos songes
Délicats, vifs, gais
On avait nos mains jointesP1000586
Un cœur battant en leur creux
Passait la guerre et ses convois
On était loin
Enfouis dans les roches
Enfants cachés surpris par la nuit
Attendant le matin perdu dans les limbes.
On avait nos lèvres
Pressées sur un désir
Une parure pour le reste à venir
On avait nos vies
Sinueuses, fugaces
Mêlées à la caresse du petit jour
On avait l’horizon
Le pont rose des deux rives
Nous deux assis
Encerclés de miroirs profonds
Cherchant à leur surface
Qui de l’ombre de l’un enveloppait si bien l’autre.

H. T.-V., avril 2013

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