Category Archives: Carnet de musique

Arménie, juste pour le plaisir

Un hommage au mont Ararat, composé par Arto Tunçboyacyan (un turc d’origine arménienne) et son Armenian Navy Band.

L’Ararat est le symbole de l’Arménie coupée de ses racines depuis un siècle. La montagne mythique des arméniens est en Turquie mais continue à dominer de toute sa majesté la capitale arménienne. Symboles, belles matrices de notre réalité…

Les images sont tournées du côté arménien.

Arto Tunçboyacyan et Armenian Navy Band: « Here’s to you Ararat« , 2006. Extrait de l’album « How much is yours? »

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Pause musicale en Arménie

Musicien au paon« Sur la vie on ne peut écrire qu’avec une plume trempée dans les larmes», écrivait Cioran. Côté musique, la plume « enlarmée » pourrait être le doudouk, cet instrument arménien de la famille des hautbois. Il suffit de l’écouter pour s’en convaincre. Triste la musique arménienne ? Non pas, lorsqu’on sait que les larmes sont les gardiennes inestimables de notre humanité sensible, fragile, lumineuse dans sa capacité à éprouver la mesure de la vie. Lorsque le doudouk mêle ses larmes au vent qui le traverse, la terre se recueille à son passage. Ainsi que les hommes. Car qui ne voudrait pas être touché ?

Saren Goukayi (Je revenais de la montagne). Musique de Shéram

Sheram est un achough (ashiq en turc, achoughi en géorgien), ce qui pourrait se traduire dans notre langue par barde ou troubadour, c’est à dire un homme tout à la fois poète populaire, musicien, chanteur et compositeur, sublimant l’amour et la beauté partout où il passe. Sa musique mais aussi les chants traditionnels qu’il transmet nourrissent le répertoire des autres achoughs, qui assurent ainsi la transmission des chants. Les deux achoughs arméniens les plus connus sont Sayat Nova (mort en 1795 et surnommé « le roi des chansons ») et Shéram plus contemporain (mort en 1938).Musiciens arméniens

Les instruments traditionnels arméniens sont variés et sont toujours très joués aujourd’hui : kemenche (violon au long manche à 4 cordes qu’on joue dressé sur le genou), tar (instrument en forme de 8 à 5, 8, 11 ou 14 cordes, qui se joue avec un médiator en corne), saz (mandoline à très long manche et à 6 cordes), kanoun (cithare sur table de 72 à 75 cordes, qui se joue en pinçant les cordes avec deux médiators en corne fixés à chaque index par une bague de métal), shvi et srink (flûtes), zourna (hautbois très sonore proche de la bombarde), dohl et doumbeg (percussions), et d’autres plus connus comme l’oud, le kaval ou le santour.

Musique de danse traditionnelle de la région d’Abaron (Arménie centrale)

Quand la musique arménienne rencontre les instruments médiévaux occidentaux, cela réjouit nos oreilles :

Un chant très connu de Sayat Nova, Kani vour djan im, joué par Hesperion XXI, l’ensemble de Jordi Savall. Dans ce morceau se mélangent le doudouk, le rebec, la vièle à archet et les percussions.

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Un moment de musique avec Maya

Maya la surdouée, Maya qui rit et Maya qui pleure, Maya qui chante, Maya qui joue. Maya dont la voix tend un fil coloré entre la musique et la vie.

Maya DORN : http://mayadorn.com/

Mayadorn/lalignedecoeur.fr

unseen/ Maya Dorn
Unseeen. Composition et chant : Maya Dorn, 2013

Turkish improv
Turkish improv. Chant : Hélène Tallon-Vanerian, arrangement : Maya Dorn, 2012

Et pour la voir ou l’entendre, rendez-vous côte Est, où sur quelque part sur un nuage sonore :
soundcloud.com/mayadorn

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Voyage en géopoétique musicale

P1030772POÉTIQUE, GÉOPOÉTIQUE

« Selon moi, la poétique devrait synthétiser toutes les forces du corps et de l’esprit, devrait être la manière essentielle dont l’être humain compose le monde. […] En Grèce, en plus de l’agora et de l’espace politique, il y a l’espace poétique et océanique d’Homère. Et chaque Grec est imprégné de cet espace, qui lui paraît aussi important et nécessaire que l’espace civique où se jouent les affaires de la cité. » C’est ainsi que Kenneth White donne un contour à la géopoétique, ce courant de pensée appuyé sur la recherche du rapport sensible et complexe de l’homme à la terre (pour avoir le point de vue direct de Kenneth White sur le sujet, allez visiter son site : http://www.kennethwhite.org).

La poétique n’est pas un vague concept réservé à une poignée d’illuminés de poésie. Elle imprègne beaucoup plus profondément que nous l’imaginons nos pensées et nos vies, et c’est une bonne nouvelle!  Il n’est qu’à voir comment les actes politiques, pour avoir une résonance aujourd’hui, se posent en actes poétiques. Pour s’en convaincre voici un petit extrait du « Manifeste pour les produits de haute nécessité », écrit par neuf intellectuels antillais (Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William), en écho à la grève générale ayant paralysé les Antilles françaises pendant plus de 40 jours en janvier et février 2009 :

« Derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). […] Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du  » poétique « , quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ». […] Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.»

Véritable programme politique adressé à la classe dirigeante, mais aussi appel à la résistance et à l’instauration d’une société post-capitaliste, ce texte se fonde sur la nécessité absolue de retrouver un chemin vers les aspirations profondes de l’homme à une vie profonde, dynamique et puissante.

La poétique dans son essence ouvre au monde. Au delà du sujet et de l’objet, de l’irréductible fossé qui sépare l’être humain des choses l’entourent, se trouvent mille sentiers à parcourir, mille espaces qui se découvrent au regard de ceux qui les arpentent. La géopoétique naît dans les mots de Nietzsche («Restez fidèles à la terre») et de Rimbaud («Si j’ai du goût, ce n’est guère que pour la terre et les pierres.»), nous dit encore Kenneth White. La pensée philosophique, comme la pensée scientifique cherchent et explorent de nouveaux lieux, cheminent dans des espaces aux contours flous, errant dans les interstices des mondes balisés, sur la voie de ce que nous pourrions appeler une « géographie de l’inconnu des espaces connus ». Pour dire une géographie qui n’enregistre plus ni ne décrit les lieux et leurs formes, comme elle l’a fait depuis des siècles, mais une géographie exploratoire, aux multiples dimensions encastrées, géographie de la modestie et des sensations en creux, qui suggère plus qu’elle n’affirme.

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UNE SENSATION DE MONDE

Les géographes le savent bien, l’homme spatialise son espace et par là même donne naissance à un monde, son propre monde, tissé de toutes les relations singulières et complexes qu’il entretient avec lui. Par ces liens et son rapport aux lieux, aux étendues, à la terre, aux paysages, il construit ses territoires, appropriation symbolique d’un bout d’espace qui n’existe pleinement qu’en lui-même.  Inutile de préciser que les géographes sont les rois du monde. Et pas seulement parce qu’ils détiennent les clefs des cartes au trésor, mais parce qu’ils ont « la pensée branchée sur le dehors », pour reprendre l’expression de Deleuze.

Mais que cherchons-nous dans « le dehors » que nous ne trouvons pas dans « le dedans » ? Que nous apportent ces ouvertures, ces pérégrinations, ces vagabondages sans but, ce grand air chargé de courants froids, ou chauds, ou d’eau salée, selon l’humeur et les besoins du moment? Quelque chose comme un souffle de liberté, une pacification non béate de l’âme, une plénitude dirait encore White, bref encore une fois un espace à habiter, une place intime, une connivence avec la terre qui porte nos pas. Nous sommes le monde, le monde comme une aventure de vie, un voyage, le voyage que l’on est soi-même, qui nous met en route, traçant une cartographie de l’infini qui est le poème même : « Et nous allons de nous en nous / en portant les paysages » (Henri Meschonnic, « L’obscur travaille », Arfuyen, 2012).

 MUSIQUE DES CHEMINS, DES ROUTES ET DES ESPACES

Vous avez évidemment tous éprouvé la sensation d’être transportés très loin en écoutant une chanson, une musique, sans savoir ni où exactement ni pourquoi. Et cela n’a d’ailleurs pas d’importance. Car effectivement il y a des musiques qui s’insinuent dans les replis cachés d’un paysage, d’une route, tandis que d’autres défrichent des espaces inconnus, ouvrent des voies dorées ou des fenêtres avec vue sur des espaces poétiques et délicats, dans une géopoétique musicale qui nourrit à coup sûr nos rêves. La musique est un fluide qui s’insinue dans toute brèche à sa disposition, elle se nourrit des sons puisés dans son environnement, les confronte à ceux qu’elle charrie dans sa course. Elle épouse le vent, butte sur une montagne (la plaine chante en majeur et la montagne en mineur, disait Georges Sand dans « Les maîtres sonneurs »), se charge de sable, de lumière, de chaleur ou de froid. Elle joue sur la peau du monde.

 ILLUSTRATIONS MUSICALES :

 Tigran Hamasyan

Leaving Paris (Album New Era, 2007)

Leaving Paris

Un portrait tout en nuances d’une ville qui marque à jamais un voyageur. Le jeune arménien (il a 20 ans lorsqu’il enregistre ce morceau) nous raconte l’envoutement de ce lieu au travers de quelques notes subtiles qui flottent sur des accords veloutés. Un souvenir d’un lieu comme un bagage, une ambiance qui restera gravée dans la mémoire. Dans ce morceau se déroule une question, dans un dialogue de la mélodie avec elle même. Paris est dans la musique de Tigran Hamasyan un espace poétique qui ne se dévoile pas. Une solitude pointe. Des nuages s’enroulent les uns sur les autres. Et ils nous entraînent au loin, vers l’exil, une fois de plus.

Arvo Pärt

Fratres (Album Tabula rasa, ECM 1984)
Violon : Guidon Kremer, piano : Keith Jarrett

Fratres, en écoute (youtube)

Deux instruments, le piano et le violon, comme deux matériaux à disposition du compositeur pour donner forme au monde. Le piano donne la structure rigide des fondations. L’étendue qui se dévoile à nous est brute, habillée d’un horizon omniprésent. Le violon se fait vent et oiseaux tourmentés. Et lorsque tout s’apaise la ligne ouverte dans le paysage nous console. Les larmes ne sont pas loin lorsque la terre se laisse embrasser et qu’il est alors possible de s’allonger et de fermer les yeux. Dans ce silence un chant ancestral se rappelle à nous. Vieille litanie des songes construite sur une succession sérielle de notes d’une simplicité limpide. Mais il ne faudrait pas croire le rêve vide. Il agite les échos de la vie que le compositeur sait dépouiller de toute vanité. A-t-on encore besoin de cet accord final minimaliste, livré comme à contre cœur, pour accepter enfin de s’abandonner au silence et à la contemplation ?

Marissa Nadler

In your Lair, Bear (Album Marissa Nadler, 2011)

In Your Lair, Bear

On ne peut pas penser musique et espace sans se tourner immédiatement vers les États-Unis. Pays né d’une erreur de navigation, ou de cartographie, pays aux espaces mythiques, cartes postales superposées, trop grand pour des européens habitués à leurs frontières étriquées, il ne peut que refléter par sa musique l’incrédulité de l’homme face à des distances dont la métrique lui échappe. Les espaces glissent les uns sur les autres, dans un mélange d’instruments de provenances géographiques hétéroclites, ou le métissage de genres musicaux issus de continents différents. Il y a une quête dans les routes qui relient les villes entre-elles, le but n’étant pas tant le point d’arrivée que les détours qui donnent le temps d’y réfléchir.

Dans les chansons neo-folk de la chanteuse Marissa Nadler affleurent les musiques traditionnelles américaines, country, old blues, et leurs ambassadeurs (banjo, tin whistle, etc.).

Kayhan Kalhor (kamantché), Shujaat Husain Khan (sitar)

Ghazal/ The rain (Album The rain, live 2001) Youtube

GhazalLe Ghazal est une forme poétique née en Iran au XIIe siècle, composée d’un minimum de 5 couplets de 2 lignes par couplet qui sont thématiquement et émotionnellement autonomes. La forme est par contre bien définie : chaque ligne du poème doit avoir la même longueur ; le premier couplet introduit l’idée ; la rime est suivie d’un refrain ; l’idée est reprise dans la deuxième ligne des couplets suivants, etc. On compare les couplets du ghazal à un collier de perle : chaque perle est indépendante, mais fait vivre les autres et constitue un tout.

Le mot ghazal signifie en arabe  « parler amoureusement avec les femmes ». Le poème est donc sensuel. Ses thèmes en sont l’amour, l’amitié, l’ivresse, la beauté des femmes, mais aussi le dépit amoureux et la douleur de la séparation. Cependant, lorsqu’il est influencé par le soufisme dans lequel l’aimé est Dieu, le ghazal témoigne de l’aspiration à l’union spirituelle. Le ghazal peut ainsi être érotique, philosophique voire mystique. Les ghazal sont largement chantés dans toute l’Asie mineure, Iran, Inde, Pakistan, Kurdistan, Turquie, etc. En Inde, le ghazal a évolué en une forme hybride de musique classique et populaire, formant la trame de ballades dont le thème est l’amour.

Le duo Ghazal réunit deux maîtres de musique, le joueur de kamantché Kayhan Kalhor, kurde d’Iran, et le joueur de sitar indien Shujaat Husain Khan. Ils sont accompagnés du joueur de tabla Sandeep Das. Dans ce concert, enregistré en Suisse en 2001, les deux maîtres marient musiques classiques indienne et iranienne, dans une improvisation virtuose ayant en toile de fond un ghazal. Le morceau en écoute, intitulé « Fire », est construit sur deux modes, un mode indien (raga), le darbari qui se joue en fin d’après midi ou la nuit et un mode persan (maquam), le nava dit mode de l’enchantement, exécuté à l’heure du coucher et dont l’élément est le vent et le feu. Tout cela pour vous dire que rien n’est laissé au hasard chez ces musiciens, mais plutôt à la maîtrise inspirée et créative.

Quel rapport avec la géopoétique ? Si l’on ferme les yeux et qu’on se laisse guider par la musique, peuvent apparaitre, dans cette façon de croiser les musiques et ses modes,  de très vielles cartes du monde. Ce sont les cartes mentales des voyageurs des caravanes de la soie, qu’on s’échangeait la nuit venue autour des feux des maisons ou des campements. Dans les notes semées et partagées par ces maîtres de musique se dessinent les signes laissés sur les pierres par les nomades et les passants des routes de l’Asie mineure, pour communiquer par delà leurs différences de langage. Et n’oublions pas que, de l’Inde à l’Iran, le soleil façonne des déserts dans lesquels la résonance de l’air crée des sonorités qu’un musicien passant par là ne peut s’empêcher de capter. Dans cette improvisation, les lignes millénaires des paysages de ces contrées et leurs sentiers de traverse s’offrent à nous, parés de couleurs subtiles et originales. La musique est bien indifférente à la géopolitique. Ou plutôt elle s’en joue!

Dominique A

Dans un camion (Album L’horizon, 2006)

03 Dans un Camion

Le lien entre ce musicien et sa manière d’être au monde, au travers de son rapport sensuel aux paysages lézardés de routes,  se passe de commentaires :

« Repartons »/ Il est temps de sortir du sommeil des reines / Car nul ne vous attend autant que l’horizon. (extrait de « l’horizon »)

La route est toute entière contenue dans ses accords de guitare, dans sa voix, dans ses mots, dans la dynamique de sa musique. Voilà quelqu’un qui connait les formules pour ouvrir les espaces. Et on aimerait bien partir avec lui, n’est ce pas ?

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Un petit bal perdu, ou la poésie discrète des regards et des gestes

Le p’tit bal perdu, clip vidéo de 3’48, 1993

Le p’tit bal perdu, adapté de la chanson de Bourvil « C’était bien », est une chorégraphie filmée de Philippe Decouflé (lui même présent dans la vidéo aux côtés de Pascale Houbin), qui fait parler les corps (au sens propre), détournant les mots pour en jouer avec impertinence. Dans les regards des amoureux pas trace de nostalgie mais la fraicheur de ceux que le hasard réunit en un lieu et une place indéfinis et éphémères. Quatre minutes malicieuses, l’éternité des premiers regards placée sous le signe de la légèreté et de l’insouciance.

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Le long maqâm d’Istanbul

Les rues d’Istanbul sont trop étroites pour que le trafic y soit dense, le Bosphore et la Corne d’or aèrent la ville nuit et jour, les places des mosquées sont larges etP1030520 leurs abords respectés… Rien ne fait obstacle à la musique qui se déverse dans la ville. Sur la ville plutôt car la première musique que l’on entend, et cela 5 fois par jour est celle du muezzin, qui rivalise avec son voisin de la mosquée d’à côté. Les chants se superposent lorsqu’ils ne se répondent pas, il faut se faire entendre, et c’est surtout par le timbre de sa voix et la beauté de son chant que le muezzin captera les oreilles des passants.

A ces maqâmat (pluriel de maqâm, système musical du Moyen-orient) se superposent dès la nuit tombée les musiques de tous horizons. En poussant la porte d’un bar, on écoutera au hasard une mélodie grecque, du rap turc, un DJ jouant sur sa culture à mi chemin entre orient et occident, ou de multiples musiques saturées, comme il se doit dans toute bonne capitale. Plus de 70 cultures se côtoient dans cette ville : imaginez les combinaisons musicales possibles.

Quelques extraits :

Chants mystiques du Shah Ismâl’il Hatayi (1487-1524), poète et fondateur de la dynastie Safavide:
Ey Erenler
Chants interprétés par Hüseyin Albayrak et Ali Riza Albayrak, dans la tradition des alevi-bektachi, une des branches soufie de l’Islam (on en connaît vue d’occident les derviches tourneurs). Ces chants sont accompagnés au saz (appelé aussi baĝlama).

Dans un autre registre, celui des  « musiques actuelles », représentatives du mélange d’influences musicales caractéristique de ce pays :
Arayam derdimin carelerini
Chant Devrim Kaya
Musique : Mahmut Erdal

Des musiques de différentes parties de la Turquie, collectées et jouées par des musiciens formés à la musique traditionnelle turque :
Giz senin derdinden
Chant de la ville de Tercan, dans la province de Erzincan (Anatolie orientale, nord est de la Turquie).
Kolo ile T.H.M. ezgileri, Halimiz Ahvaliliz 8

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Annacruz, voix de femmes a capella

Né en automne 97 d’une rencontre autour de la musique vocale et du chant à capella, lauréat 2006 du tremplin des polyphonies de Laas (prix du jury, prix du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, prix du théâtre monte charge à Pau), le groupe se produit de scènes en chapelles, en France et à l’étranger.

De chants ancestraux en compositions contemporaines, les chanteuses du groupe, Claire Berthier, Joëlle Boussagol, Petya Guillen, Barbara Hammadi, Anne Leblanc et Hélène Tallon-Vanerian, mêlent en même temps que leurs voix leurs expériences singulières de la musique : d’un piano abandonné dans la rue à un conservatoire, d’un chœur lyrique à une rencontre avec l’ethnomusicologie, d’un groupe de jazz vocal au partage de la musique avec les plus jeunes, pour Annacruz plus d’un chemANNACRUZ contre-jour 2in converge vers les rythmes et les harmonies des chants d’Europe de l’Est.

CHANTS DES TERRES D’EUROPE

Transmis de générations en générations comme un trésor indéfiniment transportable qui rend l’exil moins ardu, repères rythmant la journée de travail ou l’attente, ouverture vers l’autre lorsque les mots du langage courant deviennent trop pauvres, apaisement de l’enfant qui s’endort, les chants traditionnels remplissent de nombreuses fonctions et ont de tout temps structuré la vie des hommes. Ces chants, musicalement très différents d’une culture à l’autre, parlent cependant tous des mêmes aspects fondamentaux de la vie : l’amour, le mariage (et bien souvent le mal-mariage), la naissance, le travail, l’absence (l’exil et la guerre éloignant souvent définitivement les hommes de leurs familles).

Ces chants ne nous ramènent pas dans un lointain passé mais nous parlent de nous même. Tradition pour les uns, héritage pour les autres ou tout simplement matériaux sonore permettant de belles audaces chez les compositeurs contemporains, la musique traditionnelle ne se laisse pas enfermer dans un cadre strict. Elle est tout sauf revendication d’une culture qui exclurait toutes les autres.

 HOMMAGE A LUIS BARBAN

Chef de chœur, chanteur, musicien et arrangeur.

Colchiques dans les prés. Chant de Francine Cockenpot, arrangement Luis Barbàn. Chant Annacruz (Joëlle Boussagol, Claire Berthier, Christine Canac, Hélène Tallon-Vanerian, Audrey Viader)

M’agapas, chant traditionnel grec, arrangement Luis Barbàn. Chant Annacruz

La conduite, chant traditionnel français, arrangement Malicorne/ Luis Barbàn. Chant Annacruz, Luis Barbàn, Léo Richomme

 

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Annacruz, en écoute

Svatba (la noce), chant de noce bulgare, arrangement Hristo Todorov, chant Annacruz (Joëlle Boussagol, Claire Berthier, Candice Danichert, Barbara Hammadi, Hélène Tallon-Vanerian)

Svatba

Zadadé sé Stouyané lé
tamna mi magla goliama
Né mi bilo Stouyané lé
Né mi bilo tamna mi magla goliama lé, goliama lé
Naï mi é bilo Stouyané lé
Naï mi é bilo té tejka mi svatba boliarska
Haïdé, héï douba douba heï heï

Est apparu Stouyané lé/ un grand brouillard sombre /Ça n’a pas été, Stouyané/ Çà n’a pas été un grand brouillard/ Cela a surtout été, Stouyané lé / Cela a surtout été de grandes noces de Boliar. Haï dé, heï douba douba heï, heï.  Boliar : titre de noblesse des féodaux bulgares

Hubava Milka (la belle Milka), chant bulgare (Thrace), arrangement Nikolaï Kaufman, chant Annacruz

Hubava Milka

Ce chant est un « koleda » ou chant de souhait de la période de Noël. Les « Koledari » ou chanteurs de Noël passent de maison en maison en adressant un chant particulier aux habitants de la maison, offrant fertilité, chance et santé à chacun. Ce chant « hubava Milka » est chanté pour les jeunes filles non mariées. Il parle d’une fille si belle que sa réputation arrive jusqu’à Marko, le marchant de soieries d’Istanbul. Lorsqu’elle arrive au marché, il la fait entrer dans son bateau pour lui montrer les tissus et enlève ainsi la belle Milka.

Nova radasts stala (chant de nativité Belarusse), chant Annacruz

Noumi, berceuse israélienne, arrangement Luis Barbàn, chant Annacruz

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Côté Bulgarie

Les voix bulgares toujours aussi claires et mystérieuses qu’au moment de leur médiatisation en 1975, année de sortie du premier enregistrement du Mystère des voix bulgares. Cet enregistrement est réalisé par Marcel Cellier, un ethnomusicologue suisse qui parcourt l’Europe de l’Est dans les années 60. Il place depuis la Bulgarie au rang des pays dont on connaît avant tout la musique, un subtil mélange de chants traditionnels anciens et de compositions contemporaines.

Tche da ti kupim bela seitsa
« Je vais aller t’acheter de la soie blanche »

Arrangement Kr. Kyurkdjivski
chant : Le Mystère des Voix bulgaresP1010056

Thirsty River

Musique Theodosii Spassov,
chant : Zv. Varimesova

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