Instantané de voyage III: Brasilia

Brasilia/HTV2014/lalignedecoeur.frIl faut avoir vu Brasilia. Juste histoire de se dire que les méandres du cerveau humain sont bien incompréhensibles. Des hommes ont rêvé une ville nouvelle. Facile, les architectes étaient des génies, ils pouvaient tout imaginer et tout réaliser, ce qu’ils ont fait. Audace, lignes inattendues, lumière, symbolisme (ésotérisme?), espace, le projet a de l’allure. La terre, il n’y avait que ça à disposition, et l’eau n’en parlons pas, elle est dans cette contrée généreuse à en mourir. Brasilia n’est ni une ville laide, ni inconfortable, ni dangereuse (si on omet les villes périphériques), ni, ni… Les quadras, cet agencement géométrique de blocs d’habitations, de commerces et de services, sont même réellement bien pensés et fonctionnels. Ils offrent proximité et vie sociale. Mais on se demande pourquoi on s’installerait à Brasilia, au delà de la nécessité d’être sur son lieu de travail. Les diplomates et les fonctionnaires rechignent toujours à quitter Rio ou Sao Paulo. Car l’homme du XXIe siècle ne ressemble que trop à celui des siècles passés. Et on ne comprend pas bien en définitive à qui s’adresse cette urbanisation aussi radicalement futuriste. Les architectes ne se sont pas trompé de ville, ils se sont trompé d’homme! Car la ville déteste les piétons et toutes les formes archaïques d’utilisation de l’espace. L’idée même de « place du village », dans cette vision urbanistique, est totalement incongrue. Comment penser qu’au XXIe siècle nous serions encore enclins à utiliser notre propre force motrice (en l’occurrence nos jambes) plutôt que celle des machines, si bien pensée pour nous?

Pour une utopie communiste, constater que dans cette ville les salaires des fonctionnaires sont parmi les plus élevés au monde, et qu’en conséquence le revenu moyen des habitants du quartier le plus riche de Brasilia  est 16 fois supérieur au revenu minimum brésilien, laisse dubitatif. Qu’est ce qui n’a pas marché? La réalité prosaïque des hommes, l’impossibilité de penser le partage des espaces et de mélanger les classes sociales (et là l’urbaniste doit se sentir bien seul, car il n’a en définitive aucun pouvoir sur la prise en main de son projet par les hommes politiques), l’économie de marché se chargeant tranquillement du reste. On ne ressort pourtant pas brouillé avec cette cité, car elle laisse une sensation de non-ville. Une parenthèse un peu vide dans l’exploration d’un pays aussi riche que le Brésil. Comme si nous avions été au musée mais que les collections n’étaient jamais arrivées.

Preciso Me Encontrar

Preciso me encontrar. Marisa Monte (samba de Candeia)

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